Dans une tribune publiée dans Libération, Félix Marquardt,  Mokless,  rappeur, auteur interprète, membre du groupe Scred Connexion, et Mouloud Achour, journaliste, incitent les jeunes à se « barrer » de la France. Un appel provocateur justifié par le chômage, mais qui interroge également la nature du rôle des jeunes français dans le renouvellement de leur pays.

La tribune fait le triste bilan du taux de chômage de la jeunesse française : « Comment qualifier autrement un système qui, depuis maintenant plus de trente ans, s’accommode du fait qu’un jeune sur quatre, quasiment, se trouve au chômage (…)» ? Les maigres perspectives d’avenir, associées aux tendances gérontocratiques du pouvoir, conduisent les trois hommes à conclure au départ.

L’argument est le suivant : citoyens du monde, les jeunes doivent partir saisir les opportunités qui fleurissent dans les pays émergents où l’heure est au dynamisme et à l’enthousiasme, puis revenir en France pour insuffler un second souffle et une nouvelle vision à un pays vieillissant qui ne leur accorde pas leur chance aujourd’hui. Non pas fuir, mais s’emparer du monde, pour ne plus le subir mais le reconstruire.

« Jeunes de France, barrez-vous, sinon pour vous du moins pour vos enfants. Votre salut est, littéralement ailleurs ». En plus de l’exhortation forte de la tribune qui engage les jeunes à prendre leur avenir en main, le trio a également mis en place un appel à témoignages et un appel à projets afin de mettre des moyens financiers et logistiques à la disposition des jeunes les plus motivés et présentant les projets les plus innovants.

Au-delà du caractère provocateur de son titre et du tableau, la tribune a eu le mérite d’initier un débat sur le rôle qu’est amené à jouer la jeunesse dans le renouvellement aussi bien politique qu’économique d’un pays sur le déclin.

Certains commentateurs lui reprochent son ton radical. C’est le cas de David Abiker sur Europe 1 qui a tenu à rappeler la différence entre la catégorie sans emploi, qui inclut les étudiants, et celle du chômage. Dire qu’ un jeune sur quatre est au chômage est un biais statistique car ce chiffre inclut également les étudiants. En réalité  9% des 18-24 ans sont réellement à la recherche d’un emploi.  « Pas besoin de noircir le tableau du chômage des jeunes, car il est assez gris comme ça » a-t-il conclu.

La journaliste Élisabeth Lévy interrogée sur le plateau de l’Express pour débattre face à Félix Marquardt a fait part de ses réticences sur le fond du débat. Elle a reconnu qu’il était effectivement plus facile de trouver un travail dans les années 1950 mais rappelle que l’état actuel du pouvoir relève de la démographie française qui fait qu’électoralement c’est la génération de 1968 qui est la plus nombreuse et donc la plus à même de faire valoir ses intérêts. « La démocratie, c’est la démographie »  a-t-elle résumé.

Elle reproche également à l’appel son jeunisme et craint de confier le pouvoir à une jeunesse qu’elle juge exaltée : « La dernière fois que nous avions des politiques de 24 ou 25 ans, il y avait la guillotine sur la place de la Concorde ». A son sens enfin, cette tribune encourage le sentiment victimaire des jeunes qui ne sont pas placés devant leurs responsabilités de citoyens.

S’il est vrai que la réalité n’est peut-être pas aussi noire que la tribune le laisse entendre,  il est incontestable que le moral des jeunes ainsi que leur situation économique, ne sont pas au beau fixe. Félix marquardt,  Mokless, et Mouloud Achour ont mis le doigt sur un enjeu fondamental dont dépend l’avenir de la société française.

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