Violées par des militaires coréens, des femmes vietnamiennes luttent pour que la vérité éclate

Épisode méconnu de la guerre du Viêt-Nam , la reconnaissance du viol de femmes vietnamiennes par des soldats sud-coréens en poste à l’époque se heurte toujours au déni de l’Etat coréen.

Il y a tout juste 42 ans s’achevait la guerre du Viêt-Nam. Vingt ans de guerre consécutives qui ont laissé le pays ravagé et divisé. A ce jour, celui-ci porte encore les cicatrices de ce conflit majeur. Les premières – et les plus évidentes – sont dans le paysage même du pays : au total, les États-Unis ont largué 7,08 millions de tonnes de bombes sur le Viêt-Nam (contre 3,4 millions de par l’ensemble des alliés sur tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale). Aussi, aujourd’hui encore, 80% de la province de Quang Tri, province du centre du pays abritait la ligne de démarcation entre les deux factions durant la guerre, est jonchée de munitions non explosées.

 

Mais, d’autres blessures, plus profondes, plus “invisibles” et non moins douloureuses demeurent à vif, à l’image des Lai Dai Han, du nom de ces enfants né-e-s du viol des femmes vietnamiennes par des soldats coréens.

 

Les Lai Dai Han : les oublié-e-s de la guerre

Comme toutes les histoires de viols et de violences qui touchent les femmes à travers le monde, l’épisode des Lai Dai Han a mis du temps à se faire connaître dans la sphère publique. Le terme, vietnamien, se traduit littéralement par “sang-mêlé”. Sur le papier, il désigne les enfants né-e-s de mères vietnamiennes et de pères sud-coréens. Mais derrière cette réalité se cache une réalité beaucoup plus atroce : des massacres et des viols de masse commis sur des femmes vietnamiennes par des militaires sud-coréens, parmi les quelques 320 000 soldats en poste à l’époque, en soutien aux Etats-Unis dans leur lutte contre le Nord Vietnam communiste.

Les Lai Dai Han sont les enfants né-e-s de ces unions forcées.

Leur nombre précis n’est pas connu, mais on les estime entre 5 000 et 30 000 – une fourchette absurdement large qui montre le peu de considération dont ils ont bénéficié depuis les faits. Nées d’une oppression occupante, ces familles, déjà précaires, ont connu un véritable calvaire après la « libération » par le nord. Racisme, exclusion sociale, professionnelle et économique, les Lai Dai Han ont été maltraités à tour de rôle par les perdants puis les gagnants – qui leur reprochaient leur ascendance mixte et leur absence de pères, en faisant les « bâtards » de la guerre. Quant aux femmes, elles ont été mises de côté et traitées en parias, certaines ayant dû quitter leur logement.

Une attitude fréquente face au viol, dont les femmes sont quasi-systématiquement les premières victimes. Rien de surprenant alors à ce que les premières personnes à avoir réagi ne sont pas les femmes, victimes de violence, mais bien leurs descendant-e-s.

 

Déni de la Corée du Sud

Mais face aux horreurs perpétrées par ces soldats, la Corée du Sud se mure dans un déni coupable. Pire, en 2013, face à la montée des accusations, le ministre de la Défense coréen, par le biais d’un porte-parole a joué la carte du négationnisme “de tels massacres civils, intentionnels, systématiques et organisés par l’armée coréenne est impossible. Si un incident pareil avait existé, il aurait été exposé et rendu public depuis longtemps. La [République de Corée] a combattu au Vietnam pour arrêter la percée communiste du Vietnam du Sud libre. Vu que notre armée a exécuté sa mission sous des règles strictes, il n’y a eu aucune exploitation sexuelle de femmes vietnamiennes”.

 

Hélas, cette image d’Epinal se trouve écornée par les témoins ayant vécu à cette époque. Plusieurs articles publiés par des vétérans de la guerre remettent ainsi en question la version officielle. Un soldat coréen en poste à cette époque, le sergeant Kim Nak-yeong, raconte ainsi “Quelques unités n’ont pas posé le moindre problème car elles avaient reçu l’ordre strict de ne pas s’attaquer aux civils. Mais j’ai entendu parler d’agressions sexuelles brutales dans les zones d’opérations, donc je pense qu’il y a de fortes chances que cette histoire soit vraie”.

D’autres témoignages, glaçants, proviennent également des victimes, aujourd’hui âgées. “Quatre hommes m’ont prise tour à tour, l’un après l’autre” dit l’une. “Ils laissaient une personne à la fois dans les tranchées. Ils me laissaient là, nuit et jour, et ils me violaient encore et encore.”

 

La place de la femme en Corée du Sud, toujours aux sources de tensions

Aujourd’hui, être un enfant de père coréen, au Vietnam, reste synonyme d’exclusion sociale. Comme trop souvent dans ce genre de cas, les victimes de viol et leurs descendant-e-s vivent désormais marginalisé-e-s, reclus-e-s, dans des quartiers à part de la société vietnamienne.

Comme trop souvent, la faute en incombe aux femmes, plutôt qu’aux agresseurs.

Alors qu’un bras de fer s’engage pour que les victimes soient reconnues par l’Etat coréen, ces dernières ne partent malheureusement pas avec un avantage. La société sud-coréenne a une image de la femme historiquement mauvaise, à l’image de ce qu’expose le documentaire indépendant “Save my Seoul”, dans son reportage consacré au trafic sexuel en Corée du Sud, ou les accusations de prostitution organisée sur les bases américaines par l’Etat coréen.

Une autre réalité que la Corée du Sud nie farouchement: aux yeux de Seoul, la prostitution est, après tout, illégale.

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