Le secteur du luxe, puissant créateur d’emploi en France

L'usine Henessy dans le Sud Ouest, inaugurée par Bernard Arnault récemment.
L'usine Henessy dans le Sud Ouest, inaugurée par Bernard Arnault récemment.

Alors que l’automobile et l’électroménager ont considérablement réduit leurs effectifs ces dernières décennies, le luxe a fait le choix inverse. Confronté à la nécessité de produire des articles de très bonne qualité, il a multiplié les créations d’emplois.

Cela aura été l’une des meilleures nouvelles de 2017. Selon le rapport annuel « Global Power of Luxury Goods », publié par Deloitte, la France reste le leader mondial du luxe, suivie (d’assez loin) par l’Italie. Le chiffre d’affaires moyen des entreprises est de 4,3 milliards d’euros dans l’Hexagone, soit deux fois plus qu’en Suisse ou aux Etats-Unis et quatre fois plus qu’en Italie.

Dans le monde, le marché des produits de luxe a pesé 262 milliards d’euros cette année, et le cabinet Bain & Company table sur un taux de croissance pour le marché des biens personnels de 4 à 5 % par an pour les trois prochaines années, pour atteindre des ventes de 295 à 305 milliards d’euros à l’horizon 2020.

Le luxe est un secteur économique en pleine expansion, porté par la mondialisation. « Très clairement, pour le secteur de luxe, l’enrichissement de nouveaux pays, la mondialisation, ont été une chance historique de créations d’emplois, comme dans l’aéronautique », affirme Guillaume de Seynes, directeur général et membre de la famille fondatrice de la maison Hermès.

En effet, les bons résultats du secteur se traduisent par une création d’emplois qui contraste avec les tendances observées ces dernières décennies dans certaines industries, notamment l’automobile ou l’électroménager, deux secteurs historiquement pourvoyeurs d’emplois.

 

La marque France, toujours aussi porteuse

LVMH, le numéro un français (et donc mondial) du luxe détenu par l’homme d’affaires Bernard Arnault, affiche des ventes annuelles qui s’approchent des 40 milliards d’euros. Le groupe, qui a ouvert dix nouveaux sites de production entre 2014 et 2015, a créé plus d’un millier d’emplois nets l’an dernier en France, et « la tendance est comparable, voire un peu supérieure pour 2017 », selon Chantal Gaemperle, directrice des ressources humaines du groupe. Interrogée par l’AFP, elle a également précisé que la grande majorité de ces contrats (93 %) sont à durée indéterminée. Le PDG Bernard Arnault a, à ce titre, beaucoup d’ambitions pour l’emploi hexagonal : ce dernier avait déclaré il y a deux ans vouloir  »embaucher en France tous les ans près de 3.000 personnes ». Une vision qui s’est concrétisée récemment avec l’ouverture d’une usine Henessy employant 200 personnes à Salles-d’Angles, dans le Sud-Ouest de la France.

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A l’école Polytechnique en mars 2017, Bernard Arnault avait défendu l’importance de l’emploi français. Crédit: © École polytechnique

De son côté, Kering, numéro deux du marché, emploie dans sa division luxe près de 2 000 personnes en France, soit une progression de 13 % sur trois ans. Le groupe Hermès, dont 85 % des articles sont fabriqués en France mais 86 % sont vendus à l’étranger, a créé 2 400 nouveaux emplois dans le pays en cinq ans. Il prévoit d’en créer 220 nouveaux prochainement afin d’accompagner la forte progression des ventes à l’international, notamment en Asie.

Le luxe joue également un rôle de plus en plus important dans l’industrie du tourisme, qui a publié 215 231 offres d’emploi ces 24 derniers mois. Soit une augmentation de 2 % en moyenne tous les mois en deux ans. Or, le tourisme de luxe est la branche ayant le plus augmenté (environ + 20 %) sur cette période.

Que ce soit dans la mode, le tourisme ou encore la gastronomie, la marque France est tout aussi porteuse. Les marques hexagonales sont de véritables icônes du luxe et le « Made in France » signifie aux yeux des clients un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations.

Des emplois « pérennes »

« Le « Made in France » dans le commerce mondial du luxe est un facteur clé de succès, ce label a permis de redynamiser il y a quelques années la croissance du secteur », analyse Alexandre Lavissière, professeur en management à l’Ecole de Management de Normandie.

Pour ce fin connaisseur du secteur, le prestige du « Made in France » est à l’origine du phénomène de « backshoring » qu’on observe depuis quelques années. Il s’agit d’une relocalisation dans le pays d’origine après une expérience de délocalisation de tout ou partie de la production.

Tendance confirmée par Julie El Ghouzzi, directrice du Centre du luxe et de la création. En France, les entreprises croissent et trouvent « un savoir-faire », affirme l’experte. « De plus elles peuvent maîtriser la rapidité dans la chaîne logistique », ce qui les encourage à y rester. « Cela s’inscrit dans une tendance en France depuis cinq, six ans, où tout le monde est en train de se réinstaller dans le pays et de rouvrir des maroquineries ». Cela dit, « la partie très haut de gamme du luxe a toujours été produite en France », précise Julie El Ghouzzi.

Plus c’est luxueux, plus on a tendance à fabriquer en France. Ayant toujours mis un point d’honneur à fabriquer dans le pays, Louis Vuitton en sait quelque chose. Il préfère d’ailleurs faire fabriquer en rase campagne. « C’est là que sont concentrés les meilleurs savoir-faire et l’amour du travail bien fait », expliquait le directeur déjà en 2011.

Comme le résume Olivier Abtan, responsable de l’expertise pour le secteur du luxe au cabinet Boston Consulting Group, les marques françaises « ont su garder une exclusivité, ne pas diluer leur image, garder une dimension créative ». Et l’expert de pronostiquer que les créations d’emplois dans le secteur seront « pérennes ».

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