Le piratage audiovisuel nuit toujours à la société

piratage audiovisuel

Menace redoutable pour les industries culturelles, les sites de téléchargement et streaming illégaux représentent également un risque majeur pour les internautes. Vol de coordonnées bancaires, usurpation d’identité, exposition à du contenu indésirable, exposition à la pornographie… Et si nous changions notre regard sur le piratage audiovisuel?

A la fin du mois de juin, les autorités françaises faisaient fermer le célèbre site de téléchargement T411. Le Parquet de la Juridiction Iner-régionale Spécialisée de Rennes confirmait dans un communiqué l’ouverture d’une « information judiciaire des chefs de contrefaçon, association de malfaiteurs et blanchiment » visant le site. C’était un nouveau tour de vis de la justice dans sa longue lutte contre le streaming et le téléchargement illégaux.

T411, qui changeait régulièrement de pays d’hébergement et qui s’apprêtait à fêter ses 11 ans d’existence, proposait une vaste bibliothèque de films, séries, livres, jeux et musiques pour le téléchargement en torrent. Le Parquet avançait le chiffre de « 700 000 liens “torrent” vers des copies illégales, séries et albums audio ».

L’Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) estimait quant à elle qu’il y avait eu 257 millions de téléchargements d’émissions, de films et séries, tous catalogues confondus. Selon Fréderic Delacroix, délégué général de l’association, « le préjudice global peut excéder le milliard d’euros ».

Les administrateurs présumés de T411 ont été arrêtés en Suède lors d’une opération de police franco-suédoise, une procédure quelque peu cinématographique qui en dit long sur l’importance accordée par les autorités européennes à la question du téléchargement illégal. Avec KickassTorrents, Extratorrent, Torrentz ou encore Zone-Telechargement, T411 fait en effet partie d’une longue liste de sites fermés ces derniers mois.

 

Une lutte constante

Mais faire taire le streaming illégal n’est pas chose aisée. Si la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits (Hadopi) a pu avoir un « effet dissuasif » sur le téléchargement de musique en peer-to-peer, elle n’a eu qu’un très faible impact sur le téléchargement de vidéos, selon une étude réalisée par les économistes français Eric Darmon, Sylvain Dejean et Thierry Pénard.

En 2014, Mireille Imbert-Quaretta, présidente de la commission de protection des droits de l’Hadopi, se félicitait d’avoir contribué à faire évoluer la politique de lutte contre le piratage en l’élargissant au streaming et au téléchargement direct. Mme Imbert-Quaretta avait suggéré en effet les premières pistes d’un plan de lutte consistant à asphyxier progressivement les ressources financières des sites en s’attaquant à la publicité et aux moyens de paiement.

Mais cela n’empêche pas T411.si, le principal clone du site fermé il y a à peine un mois, d’offrir « une alternative viable – et surtout – durable aux internautes ». Il s’agit là d’une caractéristique des sites de piratage illégaux dont le fonctionnement et la recherche constante d’innovations rappellent graduellement les trafiquants d’autres produits illégaux: comme

Les pratiques du piratage audiovisuel semblent ainsi toujours plus innovantes imprévisibles. Selon les recherches menées par le site TorrentFreak, le Windows Store est par exemple « truffé d’applications de streaming illégales qui permettent de découvrir de productions récentes ». Et Microsoft n’est pas la seule victime. De nombreux malwares infectent régulièrement les applications issues du Google Play Store et de nombreuses arnaques ont été constatées sur l’App Store d’Apple, où des applications se présentant comme gratuites proposent certains services moyennant rétribution.

 

Les enfants particulièrement exposés

Selon TorrentFreak, les applis en question sont saturées de publicités ultra-envahissantes, et demandent souvent l’accès aux données privées des internautes. En se rendant sur des applications ou des sites illégaux, l’internaute encourt en effet plusieurs risques : perte d’argent après un vol de coordonnées bancaires ou d’une usurpation des moyens de paiement, usurpation de l’identité ou encore souscription à un abonnement non désiré.

Mais il s’expose aussi à des contenus violents ou pornographiques, ce qui est particulièrement inquiétant lorsque l’internaute est un enfant. Dans un récent rapport, l’association Ennocence montre que les enfants sont confrontés de plus en plus jeunes à des images et des films pornographiques : en moyenne, dès l’âge de 11 ans. C’est pourquoi elle tire la sonnette d’alarme, interpelle les pouvoirs publics et plaide pour une grande mobilisation sociale.

Imposées par une publicité, les images pornographiques peuvent agir « comme un viol de l’imaginaire », confirme pour sa part Thérèse Hargot-Jacob, philosophe et sexologue, pour qui la question de l’exposition des enfants à la pornographie est un « véritable problème de santé publique ». « L’enfant ressent un trouble. Il est mal à l’aise, mais en même temps, il éprouve une excitation sexuelle. De là naît un sentiment de culpabilité », explique-t-elle.

Les conséquences néfastes du téléchargement et le streaming illégaux sont ainsi nombreuses et touchent toutes les sphères de la société. Aux pouvoirs publics et à la société civile de se mobiliser pour encadrer le phénomène et protéger les citoyens, en particulier les plus vulnérables.

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