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Après Canal +, BeIN Sport et La Liga espagnole, c’est aujourd’hui la Premier League qui vient grossir les rangs de la fronde contre le streaming illégal. Responsable d’importantes pertes financières pour les acteurs historiques, que ce soit dans le milieu du sport, du cinéma ou de l’audiovisuel, le streaming illégal implique également, comme le souligne l’association Ennocence, de nombreux risques pour la santé des jeunes internautes. Risques qui sont bien trop souvent sous-estimés…

A l’instar de la Ligue de football espagnole, qui diffuse gratuitement le match du vendredi soir sur sa page Facebook, la Premier League anglaise a décidé d’agir pour lutter contre la fuite des téléspectateurs qui privilégient de plus en plus le streaming et le live-streaming illégal. Entre 2012 et 2017, le nombre moyen de téléspectateurs a ainsi baissé de 39 %, alors que les chaînes BT et Sky ont déboursé, près de 7 milliards d’euros pour obtenir les droits télévisés du championnat anglais jusqu’en 2019, soit 14 millions par match. Dans le championnat le plus riche du monde, où la lanterne rouge du classement touche autant en droit TV que le Paris-Saint-Germain, le manque à gagner serait devenu trop important.

Fin mars, les dirigeants de la ligue anglaise ont donc annoncé s’être associés à la police britannique et aux fournisseurs d’accès à internet pour traquer les diffuseurs illégaux. Selon le quotidien The Guardian, plusieurs personnes auraient déjà été arrêtées début février suite à la vente de décodeurs piratés, dont un Anglais qui aurait reçu une amende de 250 000 livres (près de 300 000 euros). « La Premier League est actuellement engagée dans sa plus grande campagne contre la piraterie pour protéger ses droits d’auteur », déclare ainsi un porte-parole de la Premier League.

Des pertes colossales… 

En France, beIN Sports et Canal+ ont lancé un combat similaire dès septembre 2016 afin de lutter contre le streaming et le live-streaming illégal, responsables de pertes estimées à 200 millions d’euros pour chacune des deux chaînes, les compétitions sportives étant particulièrement ciblées par les plateformes de diffusion illicites.

Selon les estimations de l’Association de la sécurité sur internet (AISP), en 2014, ce n’est pas moins de 20 millions d’internautes qui auraient visionné des matchs de la Coupe du monde de football au Brésil sur des plateformes illégales. Et pendant l’Euro 2016 en France, « environ 100 sites […] proposaient illégalement les matchs en streaming, affirme Yousef al-Obaidly, président de beIN Sports. L’un d’entre eux a été consulté par 330 000 visiteurs sur le seul match Allemagne-Italie du 2 juillet. Si on multiplie cette audience par le nombre de sites répertoriés, on se rend compte de l’ampleur du phénomène et du préjudice qui en résulte pour le diffuseur ».

Mais le streaming illégal affecte de nombreux autres domaines tant la vidéo est omniprésente sur internet. En effet, selon l’OCDE, le streaming vidéo représente 91 % du trafic mondial. En France, d’après les estimations du cabinet EY, sur 45,2 millions d’internautes, 13 millions ‒ soit quasiment un sur trois ‒ auraient consommé des contenus de façon illégale en 2016. En tout, 2,5 milliards de films ou séries auraient été regardés ou téléchargés, soit près de 200 par personne.

Et toujours selon EY, avec le sport, les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel sont les principales victimes de ce phénomène. En 2016, le coût de la consommation illicite de contenus audiovisuels dans l’Hexagone a été évalué à 1,36 milliard d’euros. De quoi tourner 40 saisons de la série Plus belle la vie, ou encore embaucher 2 000 personnes.

Virus, pornographie… le streaming illégal est (très) risqué

Si la gratuité des contenus est évidemment l’argument numéro un pour les internautes, les risques encourus pour eux ainsi que pour leur entourage ne sont pourtant pas négligeables. Certes, visionner une vidéo pirate sur le web comporte peu, voire aucun risque juridique pour l’individu, la mettre en ligne peut, en revanche, être puni de 300 000 euros d’amende et de trois années de prison.

Dans un autre registre, selon l’AISP 80 % des sites proposant des vidéos de manière illégale hébergeraient un ou plusieurs des 160 000 virus qui sont créés chaque jour dans le monde. Et ce n’est pas moins de 500 millions d’ordinateurs sur la planète, soit un sur trois, qui seraient aujourd’hui infectés. Ces contaminations peuvent prendre plusieurs formes : spams, logiciels malveillants ou fenêtres publicitaires dites « pop-up », qui s’ouvrent inopinément à l’écran et renvoient vers des sites proposant des services frauduleux.

En plus de risquer l’usurpation d’identité ou la propagation de données personnelles sur la toile, l’internaute encourt également le danger d’exposer les autres utilisateurs de son ordinateur ou de sa tablette à des contenus inappropriés, tels que des images ou vidéos pornographiques. Et d’après un sondage OpinionWay commandé par l’association Ennocence, qui souhaite alerter les acteurs publics et sensibiliser la société sur la nécessité de protéger les plus jeunes contre les accès incontrôlés à la pornographie, en France, 55 % des enfants fréquentent des sites de streaming ou de téléchargement illégaux, dont un tiers au moins une fois par semaine.

Par ailleurs, toujours selon l’association Ennocence, 42 % des parents estiment que leurs enfants ont déjà été exposés à des images à caractère violent et 23 % à des images à caractère pornographique. Et d’après ce même sondage, la première exposition à une image pornographique s’effectuerait en moyenne à l’âge de 11 ans. Une information loin d’être anodine lorsque l’on sait qu’une exposition trop précoce à des contenus pornographiques peut être à l’origine de comportements déviants…

Le streaming ou live streaming illégal est une activité privilégiée par les internautes, en grande partie en raison de sa gratuité. Néanmoins, au regard des risques qui vont de pair avec ce type de pratiques, une question se pose : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Par Martin Ravet

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