Les nouveaux produits du tabac, encore pires que les cigarettes conventionnelles?

Alors que les ventes de cigarettes s’effondrent, les industriels du tabac tentent de séduire les jeunes générations avec des produits high tech, accompagnés de campagnes marketing agressives. Ces innovations sont pourtant loin d’être sans danger, comme le révèlent les scientifiques, qui plaident pour qu’elles soient aussi bien contrôlées que les cigarettes traditionnelles.

Un futur sans cigarettes ? La hantise de l’industrie du tabac. Confrontées à une baisse continue de la consommation de cigarettes, et donc à la question de leur propre survie économique, les grandes majors du tabac rivalisent d’imagination pour séduire de nouveaux adeptes – particulièrement au sein des jeunes générations –, redorer une image fortement dégradée, continuer d’écouler leurs produits et maintenir leurs profits. Ce sont ces nouvelles stratégies et tactiques commerciales que tente de dévoiler le documentaire « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », actuellement diffusé sur la chaîne franco-allemande Arte.

Les nouvelles stratégies de l’industrie

La cigarette fait aujourd’hui l’objet d’une baisse de consommation et les réglementations publiques – au premier rang desquelles la Convention Cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé pour la Lutte Antitabac (CCLAT) –, limitent drastiquement les possibilités d’incitation, dont les majors du tabac sont coutumières. Qu’à cela ne tienne : ces dernières, qui travaillaient sur ces technologies depuis des décennies, inondent aujourd’hui le marché de nouveaux produits, comme les cigarettes électroniques ou des appareils « chauffant » le tabac au lieu de le brûler. En présentant ces innovations comme moins risquées que la cigarette traditionnelle pour la santé des consommateurs, l’industrie prétend ainsi prendre sa pleine part aux efforts pour lutter contre le tabagisme.

Les géants du tabac, qui « oublient » au passage de préciser que ces nouveaux produits – dont les marges financières sont colossales – ont d’abord pour but de recruter de nouveaux usagers et d’entretenir chez leurs utilisateurs la dépendance à la nicotine, déploient pour parvenir à leurs fins des stratégies marketing particulièrement agressives. Présentés comme des produits de haute technologie, ces cigarettes à chauffer sont vendues – sans aucune preuve scientifique à l’appui – comme des produits participant à la réduction des risques, sans combustion ni fumée. Toujours dans l’objectif d’améliorer la réputation des cigarettiers, la multinationale Philip Morris finance même à coups de millions de dollars une fantomatique « Fondation pour un monde sans fumée », qui a pour principale mission de discréditer la recherche indépendante sur les méfaits du tabac et les politiques publiques de réduction du tabagisme. Après bien des déboires, cette organisation fantoche ne semble plus berner personne alors que ses soutiens s’en désolidarisent.

Le documentaire d’Arte s’intéresse enfin aux stratégies marketing des majors du tabac auprès des fumeurs de demain : les adolescents et jeunes adultes, qui représentent un marché dont la conquête est absolument vitale pour la pérennité du secteur. Campagnes sur les réseaux sociaux, mise sur le marché de produits sucrés et aromatisés, efforts sur le design des produits… : rien n’est laissé au hasard. Dans le plus grand des cynismes, les industriels dépensent également de véritables fortunes en lobbying auprès des décideurs publics – notamment au sein des institutions européennes – pour tenter, par tous les moyens imaginables, de bloquer, d’affaiblir ou de repousser l’adoption et l’application des diverses législations en matière de santé publique.

L’OMS met en garde contre ces nouveaux produits du tabac

Les nouveaux produits du tabac, présentés à grand renfort de publicité comme moins nocifs par les cigarettiers, le sont-ils vraiment ? Pas vraiment, si l’on en croit les scientifiques suisses de l’Institut de la Santé au Travail et de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, selon qui le vaporisateur IQOS, commercialisé par Phillip Morris, émet bel et bien de la fumée, ainsi que des composés toxiques que l’on retrouve dans les cigarettes traditionnelles – notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques cancérigènes et du monoxyde de carbone. « Par comparaison avec la cigarette conventionnelle, la concentration monte jusqu’à 82% pour l’acroléine et dépasse même 175% pour l’acénaphtène, deux substances irritantes majeures de la fumée de tabac. La fumée IQOS contenait même 84% de la nicotine présente dans la fumée des cigarettes conventionnelles », selon les chercheurs suisses. Les conclusions de cette étude indépendante allaient d’ailleurs tellement à l’encontre de celles financées par PMI que le géant du tabac aurait fait pression sur l’équipe pédagogique de l’Universite pour qu’elle la retire… sans y parvenir.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dans un rapport sur le tabagisme datant de 2019, parvient aux mêmes conclusions, indiquant par ailleurs que ces produits comme IQOS ne sont « pas inoffensifs (et ne permettent pas) une réduction des risques pour la santé humaine ». « Les implications sanitaires de l’exposition à ces produits sont inconnues » et ceux-ci doivent, par conséquent, être considérés par les autorités comme des produits du tabac comme les autres. Pourtant, de nombreux débits de tabac affichent des publicités pour l’IQOS, au mépris de la loi Evin sur l’interdiction de la publicité. Le Parisien révèle même dans une enquête que le géant du tabac n’hésite pas à engager des tiers pour faire la promotion du produit, jusqu’à inciter les jeunes à consommer de l’alcool – une infraction pénale – en plus de ces nouveaux produits du tabac.

Pendant ce temps-là, d’autres pays choisissent au contraire d’appliquer rigoureusement les directives de l’OMS : le Maroc, bon élève de la lutte antitabac, a ainsi conditionné la vente de tabac à chauffer à une fiscalisation adaptée et analogue aux produits du tabac de sa taxe intérieure de consommation. L’objectif ? S’assurer que ces produits sont taxés, conditionnés dans des emballages avec avertissement sanitaires, et tracés pour les protéger contre la contrebande.

En France, des députés tentent de faire baisser la fiscalité sur les produits du tabac chauffé. C’est pourtant le principe de précaution qui devrait prévaloir avec cette industrie. La cigarette n’a-t-elle pas été promue par ses fabricants pour les femmes enceintes dans les années 50, avant que l’on ne réalise ses ravages ?

 

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