Consulter son smartphone, un réflexe contagieux

En matière de santé publique, le Covid-19 n’est pas l’unique sujet digne d’intérêt. Une étude italienne montre que voir une personne consulter son téléphone portable pourrait créer le même réflexe chez les personnes qui l’observent. Des études publiées par SFAM et le King’s College de Londres soulignaient déjà la dépendance que peuvent susciter ces appareils.

Désormais indispensable, le smartphone n’a pas fini de bouleverser nos vies. Selon une étude menée par une équipe de l’université de Pise (Italie) et publiée en avril dans le Journal of Ethology, un « effet caméléon » a lieu lorsqu’une personne sort son téléphone intelligent dans le bus, dans la salle d’attente du médecin, dans un parc ou dans d’autres espaces communs tels que les dîners entre amis ou en famille.

Les chercheurs italiens ont en effet observé les comportements et attitudes de 184 personnes, dont 96 hommes et 88 femmes. Dès que l’une d’entre elles se mettait à pianoter sur son téléphone, par exemple pour consulter ses messages ou ses notifications, les scientifiques comptaient le nombre de personnes faisant de même dans les 30 secondes suivantes.

Résultat : la moitié des personnes ayant vu quelqu’un utiliser son smartphone (hors appel) ont consulté le leur dans les 30 secondes. Dans le cas d’un appel téléphonique cet effet mimétique était moins présent, seules 0,5 % des personnes de l’entourage ayant appelé quelqu’un à leur tour.

L’étude italienne remet sur la table l’épineuse question de la dépendance au téléphone portable. Déjà en 2019, une étude publiée par SFAM, société française spécialisée dans l’assurance mobile, révélait que 44 % des Français passent plus de deux heures par jour sur leur téléphone mobile. Les plus accros y passeraient même six heures chaque jour.

Nomophobie

Réalisée par l’institut Ipsos pour le compte de SFAM, l’étude dresse le podium des régions où les Français sont le plus accros à leur smartphone. L’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes arrivent en première position, 10 % des personnes interrogées dans ces régions affirmant consulter leur téléphone plus de six heures par jour. De leur côté, 16 % des sondés l’utilisent entre quatre et six heures par jour, tandis que 31 % s’en servent entre deux et quatre heures.

Les Français les moins menacés par la « nomophobie » (peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile) vivent quant à eux en Bourgogne-Franche-Comté. Dans la cinquième plus vaste région de France métropolitaine, près de la moitié (45 %) des habitants n’utilisent leur smartphone que moins d’une heure par jour. Viennent ensuite les Pays de la Loire (34 %) et le Centre-Val de Loire (32 %).

Il faut dire que le sujet est de plus en plus pris au sérieux par les chercheurs et les autorités sanitaires. D’après une étude réalisée par une équipe du King’s College de Londres, près de 40 % des jeunes adultes peuvent être considérés comme « addicts » à leur smartphone.

Des moments « sacrés »

Si, comme le rappellent les chercheurs britanniques, la dépendance au téléphone n’entre pas dans la catégorie officielle des addictions, près de quatre jeunes adultes âgés de 18 à 30 ans sur dix reconnaissent ne pas contrôler vraiment l’usage de leur machine, à commencer par le temps passé dessus. Ils affirment en outre devenir anxieux dès qu’ils en sont privés. Une carence en sommeil est en outre constatée chez 69 % des jeunes considérés comme « addicts » et même chez 57 % de ceux qui ne le sont pas.

Reste que les usagers semblent développer des stratégies pour se protéger. Certes, selon l’étude SFAM, 65 % des 18-29 ans affirment que le smartphone est « indispensable dans leur vie professionnelle et privée » et 39 % estiment que perdre leur portable « équivaudrait à perdre une partie de leur mémoire ».

Mais l’étude de l’université de Pise révèle que le « mimétisme spontané » suscité chez les personnes qui en voient d’autres consulter leur téléphone portable est moins présent lorsque les participants partagent un repas. Pour les chercheurs italiens, cela montre que quelques moments de convivialité restent malgré tout « sacrés ».

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