Abidjan, capitale culturelle de l’Afrique de l’Ouest

La capitale économique ivoirienne est aussi le centre bouillonnant de la création contemporaine ouest-africaine. En témoigne la série « Invisibles », primée au festival de La Rochelle et récemment projetée en avant-première devant le ministre de la Culture et de la Francophonie, le ministre de la Communication et des Médias et la Première Dame de Côte d’Ivoire.

Et si la première richesse de la Côte d’Ivoire n’était pas le cacao…mais ses artistes ? Depuis que le pays a tourné la page des violences post-électorales de 2011 et retrouvé le chemin d’une insolente croissance économique, Abidjan est en passe de s’imposer comme le phare artistique de la sous-région. Métropole cosmopolite et ouverte sur le monde, la capitale économique de la Côte d’Ivoire est rapidement devenue l’un des principaux marchés d’art contemporain en Afrique francophone, où se croisent artistes, galeristes et collectionneurs.

Abidjan s’est imposée comme la capitale de l’art ouest-africain

« Il y a toujours eu à Abidjan un goût pour l’art, c’est une tradition », abonde la collectionneuse Janine Diagou auprès de Jeune Afrique, qui consacrait en 2016 un long papier au renouveau de la scène ivoirienne. « Abidjan s’est imposée comme la capitale de l’art plastique ouest-africain dans l’espace francophone, car il y a du pouvoir d’achat, renchérit le galeriste Thierry Dia Brou. Nous voyons désormais passer beaucoup de collectionneurs à la recherche de la perle rare ». Des amateurs d’art contemporain qui n’hésitent plus à mettre le prix, investissant sur des valeurs montantes, prometteuses même hors des frontières ivoiriennes.

C’est sur ce segment élitiste et international que se positionne la galerie Cécile Fakhoury, qui écoule des œuvres dont les prix, de 2 000 à 70 000 euros, n’ont rien à envier aux tarifs parisiens. Le sculpteur ivoirien Jems Robert Koko Bi ou le plasticien sénégalais Cheikh Ndiaye sont de ceux-là. Comme eux, beaucoup d’artistes de la sous-région, à l’instar du Togolais Sadikou Oukpedjo, choisissent la Côte d’Ivoire pour le vent de liberté qui y règne : « Abidjan est une véritable fenêtre sur le monde », s’enthousiasme ce dernier. Un dynamisme incarné par la Fondation Donwahi, l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest en matière d’art contemporain, qui a ré-ouvert en 2013 et joue aujourd’hui un « rôle de ruche artistique », selon Jeune Afrique.

La Côte D’ivoire, c’est aussi la patrie de naissance du « Vohou Vohou », un courant artistique né au milieu des années 1980, lorsque de jeunes peintres anticonformistes organisèrent au Centre culturel français une exposition qui fit date. Le mouvement, que l’on peut littéralement traduire par « assemblage de n’importe quoi », entendait faire de la récupération de matériaux hétéroclites un art à part entière, promouvant une esthétique négro-africaine radicale. Un courant qui « faisait de l’art avec tout ce qu’on trouvait », se souvient ainsi Josette Dagnogo, avant que le groupe composé par Koudougnon Théodore, Youssouf Bath ou encore Ibrahim Keïta ne se désagrège.

« Nous allons redonner à Abidjan sa position de plaque tournante des activités culturelles en Afrique »

Pour qu’une scène artistique digne de ce nom émerge, encore faut-il qu’elle s’appuie sur un écosystème solide, et notamment sur une offre de formation adéquate et le soutien de politiques publiques volontaristes. « Le gouvernement a pris conscience de l’ampleur de l’économie culturelle et du niveau d’employabilité qu’offre le secteur des arts et de la culture », assure ainsi au magazine Challenges le directeur de l’Institut national supérieur des arts et de l’action culturelle (Insaac), Armand-Modeste Koffi Goran, selon qui « la renaissance culturelle de la Côte d’Ivoire se fera avec l’Insaac ».

Fondé en 1991, la réputation de l’Insaac, doté d’un budget annuel de 2,3 millions d’euros, s’étend désormais sur tout le continent. De ses classes, qui accueillent aujourd’hui 3 500 élèves, sont sortis le comédien Sidiki Bakaba, le peintre Aboudia ou le musicien malien Bocana Maïga. « Les gens disaient avant que c’était une école d’amusement, mais une étude menée en 2016 a révélé que 650 000 personnes vivaient des arts et de la culture en Côte d’Ivoire », se félicite l’universitaire Jules Toa Agnini. « Nous allons redonner à Abidjan sa position de plaque tournante des activités culturelles en Afrique », jure encore un étudiant de l’Insaac.

Plaque tournante régionale, la Côte d’Ivoire a bien l’intention de le (re)devenir également en matière de cinéma. Invité d’honneur du dernier Festival du film francophone d’Angoulême, le pays a lancé récemment un Fonds de soutien à l’industrie cinématographique, le Fonsic, doté de 1,5 million d’euros par an. « Nous avons déjà planifié une dizaine de projets pour les années à venir », se félicite Mamidou Zoumana Coulibaly-Diakité, président du comité de gestion du Fonsic, selon qui cependant « l’Etat n’a pas vocation à assurer seul le financement des films, mais il joue comme un catalyseur ». « Quand je suis arrivé en poste en 2011, se souvient le ministre de la Culture Maurice Kouakou Bandaman, le cinéma était mort. Il n’y avait plus de production depuis plus de vingt ans (en raison du) manque de soutien de l’Etat » avant l’élection d’Alassane Ouattara.

Une série qui « a été tournée de façon magistrale », selon Dominique Nouvian Ouattara

Un président ivoirien qui « suit le dossier cinéma personnellement », selon son ministre. Et qui, lorsqu’il est empêché de se déplacer à Angoulême, s’y fait représenter par son épouse, Dominique Ouattara. La première dame ivoirienne assistait d’ailleurs en personne, le 23 octobre, à l’avant-première de la série « Invisibles », une coproduction Canal+ Afrique retraçant la vie difficile des enfants des rues. Une série qui « a été tournée de façon magistrale », selon Dominique Nouvian Ouattara, elle-même très fortement impliquée pour la cause des enfants via sa fondation Children of Africa. « Invisibles » a remporté, en septembre dernier, le Prix de la meilleure fiction francophone étrangère lors du 20e festival de fiction de la Rochelle.

 

 

 

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