L’émergence des femmes humoristes en Côte d’Ivoire

Longtemps réservée aux seuls hommes, la scène humoristique ivoirienne s’ouvre aux femmes, qui se taillent un joli succès. Et profitent de leur exposition médiatique pour jeter la lumière sur la condition de la femme africaine. Un sujet essentiel en Afrique de l’Ouest porté par plusieurs associations, comme la Fondation de la première dame ivoirienne, Dominique Nouvian Ouattara.

Après des années de troubles postélectoraux, Abidjan rit à nouveau ; et nouveauté supplémentaire, Abidjan rit au féminin. Dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire, les humoristes ivoiriennes tiennent en effet le haut de l’affiche. Qu’elles s’appellent ou se surnomment Jennifer Kissi, Yividero, Braising Girl, Eunice Zunon ou encore Prissy la dégameuse, toutes s’engouffrent dans la vague numérique et prospèrent sur les réseaux sociaux, où leurs vidéos sont vues des millions de fois.

Des femmes humoristes qui parlent du quotidien

À la différence de leurs homologues européennes, les reines de l’humour ivoiriennes privilégient Facebook à YouTube. À intervalles réguliers, elles postent sur le réseau social des sketchs le plus souvent filmés avec les moyens du bord, illustrant, par leurs punchlines acérées, le quotidien des Ivoiriens. Amour, sexe, mariage, relations entre hommes et femmes : aucun thème n’est tabou pour ces jeunes femmes bien de leur temps, auquel le public ivoirien s’identifie immédiatement.

« Ma cible principale, confie Ibo Laure Prisca, ou Prissy la dégameuse — “dégame” signifiant “délirer” en nouchi, l’argot d’Abidjan — au Monde, ce sont les jeunes filles, les femmes. J’aborde les problèmes qui les touchent, les thèmes qui les interpellent. Du coup, il n’y a pas vraiment de sujet tabou, même si j’essaie (…) d’éviter de parler de politique (ou) de religion ». Si certains sujets restent difficiles à aborder, la liberté et le succès dont bénéficie cette nouvelle génération de femmes humoristes témoignent de la prospérité économique, de l’émergence d’une classe moyenne et d’une paix civile retrouvée.

Si leur but est de faire rire leurs concitoyens, ces femmes gardent les pieds sur terre. Comme le relève le quotidien du soir, la plupart d’entre elles mènent, au moins, deux carrières de front, les vidéos qu’elles postent en ligne étant peu, voire pas, rémunératrices. Prissy est ainsi chroniqueuse télé et radio et patronne d’un salon de coiffure ; Jennyfer Kissi est attachée de gestion dans une entreprise de travaux publics ; etc.

Des femmes qui s’engagent, à l’image de la Première Dame Dominique Nouvian Ouattara

Preuve de l’engouement qu’elles suscitent, certaines de ces femmes humoristes ont été mises à l’honneur à l’occasion du dernier festival « Abidjan capitale du rire », qui s’est tenu en décembre. A l’image de Nastou et de Cléclé, deux performeuses qui n’hésitent pas à parler sur scène des problèmes et discriminations qui touchent les femmes africaines. Deux femmes d’humour et de cœur, la première ayant fondé Action Cancer Afrique, qui milite pour le dépistage du cancer de l’utérus, et la seconde s’impliquant dans la lutte contre le Sida, grâce à un long-métrage et à des projections publiques.

Des actions révélatrices de l’engagement de plus en plus de femmes africaines reconnues, qui s’impliquent sur les sujets qui les tiennent à cœurs. C’est par exemple aussi le cas de Dominique Ouattara, la première dame ivoirienne, qui a fait de la cause des femmes et des enfants sa priorité. À la tête de sa fondation, Children of Africa, qui œuvre dans onze pays du continent, Dominique Nouvian Ouattara ne cesse de répéter que l’autonomisation financière des femmes est « un enjeu crucial pour éradiquer la pauvreté et réaliser les objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030 ». La première dame ivoirienne rappelle aussi que « tout le monde a à gagner à ce que les femmes soient plus autonomes », car « si les femmes de tous les pays jouaient un rôle identique aux hommes dans le domaine économique, quelque 28 000 milliards de dollars seraient ajoutés à l’économie mondiale ».

C’est pour atteindre cet objectif que Dominique Ouattara a contribué à créer, en 2012, le Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI), doté de 10 milliards de francs CFA et qui a d’ores et déjà soutenu plus de 1100 000 micro-projets portés par les Ivoiriennes. La première dame a également inauguré en mars dernier, au nom de sa fondation, le premier hôpital mère-enfant du pays, d’une capacité de 130 lits et places. Situé dans la localité de Bingerville, l’établissement cible en priorité les enfants, les adolescents, les jeunes filles et les femmes ayant besoin de prestations médicales de qualité. Une manière de contribuer à réduire la mortalité maternelle et infantile et, toujours, de rendre les femmes africaines plus autonomes.

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