Entrepreneuriat : où en sont les femmes ?

En France, depuis 2008, seules 5 % des startups ont été créées par une équipe féminine. L’Afrique, où 58 % des personnes travaillant à leur compte sont des femmes, pourrait faire office de modèle. 

Il y a des chiffres qui ne trompent pas. En 2019, les femmes créatrices d’entreprises étaient à l’origine de 2,6 % seulement des levées de fonds en France, un chiffre extrêmement bas qui dépasse pourtant celui des Etats-Unis (2 %). Pour des raisons sociales, sociétales et familiales, partout autour du globe, les entrepreneures peinent à percer et/ou obtenir les fonds nécessaires à leur développement. Et même lorsqu’elles y arrivent, elles se font tout de même doubler par les hommes. Comme en Afrique, où, d’un côté, 58 % des personnes travaillant à leur compte sont des femmes – ce qui en fait le continent le plus féminisé en termes d’entrepreneuriat -, mais de l’autre, des différences assez importantes existent, les femmes réalisant des bénéfices inférieurs de 34 % en moyenne à ceux de leurs collègues masculins.

L’autonomisation économique et sociale des femmes dans le monde, c’est bien le levier que veulent aujourd’hui actionner les personnes militant pour un entrepreneuriat au féminin partout sur la planète. Comme, par exemple, l’association Empow’Her (de “empowerment”, ou “autonomisation”, et “her”, “elle” en anglais), qui organise du 18 au 20 septembre, à Pantin (Seine-Saint-Denis), la première édition de son festival, où sont attendues quelque 50 entrepreneures et plus de 3 000 visiteurs, pour débattre et s’informer au sujet de ces “femmes qui façonnent le monde de demain”, précise la fondatrice et directrice de l’association, Soazig Barthélemy, au média PositivR.

“Cette première édition est impulsée par l’envie d’inspirer et de sensibiliser le grand public aux solutions plus durables, locales et solidaires”, dit-elle, “convaincue que l’entrepreneuriat est un levier fort pour assurer l’autonomisation des femmes”. Raison pour laquelle elle “mène au sein de Empow’Her des programmes innovants de formation, d’accompagnement et de renforcement de compétences afin de permettre aux femmes d’entreprendre avec succès”. Les axes d’intervention de cette association internationale ? “L’évolution des normes sociales, l’égalité des genres et l’accès à de nouvelles opportunités économiques”. Autant dire que dans un monde où l’entrepreneuriat dépend surtout des “costumes-cravates”, il y a du boulot.

“Les femmes sont au cœur de ces innovations porteuses de solutions”

Mais les choses évoluent, petit à petit. “En Afrique, l’innovation et la technologie numérique se sont révélées d’excellents alliés dans la lutte contre le nouveau coronavirus”, rappelle par exemple le média Planète Business. “Les femmes sont au cœur de ces innovations porteuses de solutions”, même si elles restent “largement désavantagées dans leurs démarches entrepreneuriales”, précise la rédaction du pure player. Pour tenter de rééquilibrer la balance, de nombreuses personnes sont à pied d’œuvre, parfois depuis plusieurs années, comme, en Côte d’Ivoire, Dominique Nouvian Ouattara, Première Dame et… première militante pour la cause des femmes dans le pays.

203 Ivoiriennes ont ainsi pu bénéficier récemment du projet Fonds d’appui aux femmes de Côte d’ivoire (FAFCI), créé par cette dernière en 2012 afin de permettre à celles qui le désirent de créer ou étendre une activité, et ont reçu une formation sur l’autonomisation économique délivrée par le cabinet Malk consulting international. “L’entrepreneur de demain est une femme, et cette femme est africaine”, estimait Mme Nouvian Ouattara dans une tribune publiée en avril dernier. Où elle était également revenue sur le micro-crédit, synonyme d’ “empowerment” pour la femme, puisque lui permettant “de débuter une petite activité professionnelle génératrice de revenus”. Un synonyme “d’émancipation et d’autonomisation”, pour la Première Dame ivoirienne.

Retour en France, où, bon an mal an, les choses aussi évoluent. Une aide d’Etat, la Garantie Egalité Femmes, a par exemple été mise en place, et permet aux créatrices d’entreprises d’accéder au crédit plus facilement – elle couvre jusqu’à 80 % du montant prêté et peut atteindre 50 000 euros. Autres actions similaires : le collectif SISTA vise à fluidifier les relations entre les organismes de prêts et les entrepreneures, tandis que l’association StartHer s’engage pour l’inclusion et la mixité, en soulignant les succès de l’entrepreneuriat au féminin. Aujourd’hui, le réseau fédère quelque 30 000 personnes, vraisemblablement d’accord pour modifier cet état de fait : depuis 2008, seules 5 % des startups ont été créées par une équipe féminine.

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