La multiplication des offres de streaming légal profiterait au streaming illégal et mettrait en danger les plus jeunes

De nombreux exemples montrent l’effet dissuasif et contre-productif de l’encadrement du streaming. Comme par exemple RMC Sport qui oblige les supporteurs à passer à la caisse pour pouvoir suivre la Ligue des Champions et qui sans le savoir favorise l’essor des plateformes illégales. Mais les ayants droit ne sont pas les seuls lésés. Le public est aussi en danger. En particulier les plus jeunes, comme le dénonce l’association Ennocence.

C’était une débâcle annoncée. La très attendue rencontre entre le Liverpool et le PSG aura été celle de toutes les colères et déceptions. Et pas seulement pour les supporteurs de l’équipe parisienne, battue 3-2.

Diffusés exclusivement sur RMC Sport, chaîne réservée aux abonnées SFR ayant consenti à payer un supplément de 9 euros, les plus importants matches de la Ligue des Champions ne sont accessibles qu’à un tout petit nombre de fans. Du moins légalement.

Car la difficulté d’accéder à l’offre légale ne fait que profiter aux sites de streaming illégaux, d’autant que l’application RMC Sport a connu des dysfonctionnements majeurs (coupures d’image et de son, écran bleu, messages d’erreur…) lors du match Liverpool-PSG.

Le visionnage gratuit, en ligne et en direct d’événements sportifs diffusés sur les chaînes payantes ne cesse d’attirer les internautes français. Leur nombre a particulièrement explosé en juillet, Coupe du monde de football oblige : 298 000 visiteurs pour la plateforme LiveTV, 156 000 pour Streamonsport, 122 000 pour Rojadirecta et 98 000 pour FirststoneTV, selon Médiamétrie/NetRatings.

Des chiffres qui devraient faire réfléchir SFR Sport, qui doit séduire des millions de téléspectateurs pour rentabiliser son investissement de 350 millions d’euros pour l’acquisition des droits de la prestigieuse compétition européenne.

Mais le bouquet de chaînes d’Altice ne sera pas la seule victime du streaming illégal. A mesure que le nombre des visiteurs des plateformes illégales augmente, les risques se multiplient également. En effet, « ces sites pirates, pour la plupart gratuits, ne disposent pas des droits pour diffuser ces événements et se rémunèrent de diverses façons : soit par la publicité, souvent très envahissante, soit en revendant les données que l’utilisateur fournit en remplissant le formulaire d’inscription, ou bien encore via le minage de bitcoins – un logiciel s’installe discrètement et utilise la puissance de la machine pour générer de la cryptomonnaie », souligne un article de LCI.

Les enfants exposés à « tous types de contenus »

Or, si le public est de plus en plus sensible au danger que représente la divulgation de données personnelles sur internet, les risques associés à la multiplication des publicités et bannières envahissantes restent méconnus. Or, ils sont particulièrement importants pour les spectateurs les plus jeunes.

Pour l’association Ennocence, les sites de streaming illégaux exposent les enfants à « tous types de contenus : images et vidéos pornographiques, jeux addictifs, invitation à un chat, escroquerie, fishing, harcèlement ». Selon un sondage Opinion Way, réalisé pour l’association en 2015, plus de 70 % des jeunes de moins de 18 ans ont été confrontés à des images violentes, et 42 % à des images pornographiques. L’exposition à ces contenus se fait de plus en plus tôt (10 ans en moyenne) et moins d’un parent sur deux sait ce que fait son enfant sur internet.

Or, être confronté à des images pornographiques « avant que la sexualité soit présente psychiquement peut créer des troubles (anxiété, troubles du sommeil) sur le moment ou plus tard, car les enfants en ressentent de la culpabilité », explique Marion Haza, psychologue experte auprès de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique.

« De véritables peurs ou angoisses »

Si le streaming illégal est un sujet de préoccupation majeur pour les ayants droit, il devrait retenir davantage l’attention des pouvoirs publics. Hélas, ces derniers peinent à endiguer le phénomène. La Haute autorité de protection des œuvres sur internet (Hadopi) ne surveille pas le streaming « car il ne figure pas dans ses missions fixées par la loi », souligne LCI. Et même si elle le surveillait, son action ne serait probablement pas suffisante. En effet, si l’institution antipiratage transmet de plus en plus de dossiers à la justice, les suites judiciaires restent faibles. Depuis la mise en place du dispositif, seulement une centaine de contraventions ont été dressées. Et la situation ne devrait pas évoluer sensiblement à court terme. Pour l’exercice 2019, la Hadopi a demandé un budget de 9 millions d’euros, soit le même montant qu’en 2018.

Pendant ce temps, « nos enfants sont en danger », alerte l’association Ennocence. Et elle n’est pas la seule : selon le programme européen Safer Internet, « la confrontation des jeunes enfants à des images pornographiques peut avoir pour effet de créer de véritables peurs ou angoisses, en particulier chez les plus petits ». Les efforts des pouvoirs publics pour lutter contre ce phénomène ne sont que trop attendus.

 

Benjamin Lambert

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