Asie : qui sont les nouvelles femmes d’influence ?

Business, politique, culture… : qui sont les femmes qui, en Asie, vont compter dans les années à venir ?

Dans le monde, plus d’une femme sur deux (52%) est asiatique. Si les quelque 1,893 milliard de femmes vivant en Asie (au sens large : Asie du Sud-Est, du Nord-Est, mais aussi Asie centrale et Asie-Pacifique, etc.) représentent un humain sur quatre, leurs situations individuelles sont, évidemment, très contrastées, marquées par des profils, destins et ambitions qui diffèrent d’une femme à l’autre. C’est à brosser ce portrait tout en nuances que s’est attachée la journaliste Anne Garrigue, auteure du livre Être femme en Asie, paru en 2017. Un ouvrage « décortiquant », selon le chroniqueur François Danglin, « l’intimité des familles asiatiques, l’instruction contemporaine des filles, la situation des femmes sur le marché du travail, leur place dans les arènes politiques ou encore les exploitations éhontées dont elles sont encore aujourd’hui l’objet comme migrantes ou travailleuses sexuelles ».

Dominé par de profondes inégalités, notamment entre les sexes, le panorama des femmes asiatiques laisse, par exemple, entrevoir que ce n’est pas nécessairement au sein des pays les plus développés que les femmes accèdent le plus facilement aux fonctions d’encadrement dans les entreprises ou la fonction publique. Ainsi, la féminisation des cadres dépasse à peine 10% des effectifs au Japon ou en Corée du Sud. Plus généralement, la question de l’éducation des filles demeure sous-investie dans la région, un quart des fillettes ne fréquentant pas l’école primaire vivant en Asie méridionale, et beaucoup d’entre-elles devant, pour cause de mariage précoce, quitter l’école plus tôt que leurs camarades masculins. En dépit des difficultés persistantes auxquelles font face les femmes d’Asie, on aurait pourtant tort de minorer les profonds bouleversements à l’œuvre dans les sociétés asiatiques, permettant à des femmes d’influence d’enfin percer le plafond de verre.

Denise Ho et Yuan Lin, deux visages diamétralement opposés de la Chine contemporaine

A l’image de Denise Ho. Un nom qui n’évoque, sans doute, pas grand-chose en Occident ; mais en Chine, et plus précisément à Hong Kong, c’est une véritable star. Aujourd’hui âgée de 42 ans, celle qui a passé sa jeunesse au Canada se fait connaître à la fin des années 1990 en remportant un concours télévisé de chanson, avant de devenir une vedette de la « cantopop », la variété hongkongaise. Première chanteuse du territoire autrefois autonome à révéler publiquement son homosexualité, elle participe en 2014 à la « révolution des parapluies », prélude aux troubles actuels au cours de laquelle elle est arrêtée. Tout naturellement propulsée en tant qu’égérie des contestataires hongkongais, Denise Ho est intervenue en juillet dernier aux Nations Unies. Ses comptes sur les réseaux sociaux et sa musique sont désormais bannis du Web chinois.

A l’opposé du spectre politique chinois, Yuan Lin, jeune doctorante de 28, a soulevé la controverse sur le Web social du pays lorsqu’elle a accédé, en décembre dernier, au poste de maire adjointe de la ville de Fuqing, dans la province du Fujian. Sa nomination a relancé le débat sur la question des perspectives de carrière des femmes au sein du Parti-État communiste, rappelant avec une cruelle acuité que très peu de chinoises se sont hissées aux plus hauts sommets de la vie politique de leur pays depuis 1949. Sur Internet, beaucoup se sont ainsi demandé si son jeune âge la qualifiait pour diriger une ville de 1,4 million d’habitants, d’autres saluant, au contraire, ce signal positif envoyé à la jeunesse chinoise. Une polémique qui rappelle qu’au pays de Mao comme ailleurs, l’accès des femmes aux postes à responsabilité reste, plus que jamais, une « longue marche » semée d’embuches.

Dariga Nazarbaïeva, Nguyen Thi Phuong Thao : quand les femmes asiatiques conquièrent la politique et le monde des affaires

Des embuches qu’au Kazakhstan Dariga Nazarbaïeva a su, quant à elle, surmonter avec succès. Née en 1963, la fille aînée de l’ancien président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, est en quelque sorte « tombée dans la marmite » politique dès sa naissance, s’astreignant néanmoins, pendant de longues années, à rester dans l’ombre de son père jusqu’à sa démission en mars dernier. Après des études à Moscou, Dariga Nazarbaïeva s’est engagée dans la société civile et le monde de l’entreprise, notamment en présidant le conseil d’administration de la banque Nurbank ou en créant en 2002 le Forum mondial dédié au journalisme « Eurasian Media Forum ». Elue à l’unanimité à la présidence du Sénat kazakh, elle est désormais, à la tête du pouvoir législatif, la seconde personnalité la plus importante de l’État. Dariga Nazarbaïeva est ainsi une petite exception dans une région où le paysage politique est traditionnellement marqué par une domination masculine sans partage.

Le monde asiatique des affaires ne fait pas exception à cette silencieuse et patiente révolution des mœurs, comme le démontre la success story de la Vietnamienne Nguyen Thi Phuong Thao. Seule femme au monde à avoir fondé une grande compagnie aérienne, Vietjet Aviation, la cinquantenaire est aussi la première femme du Vietnam à pouvoir se prétendre milliardaire, selon le magazine Forbes, qui l’a sélectionnée pour intégrer son classement annuel des vingt-cinq « Asia’s Power Businesswomen 2019 ». A la tête d’une fortune estimée à 2,5 milliards de dollars, Nguyen Thi Phuong Thao ne compte pas en rester là, investissant dans les secteurs bancaire (HD Bank), immobilier ou pétrolier. Une démonstration supplémentaire que l’avenir des femmes se lève bien à l’Est.

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