“Mettons un terme au travail des enfants dans la cacaoculture” – Tribune exclusive de la Première dame de Côte d’Ivoire Dominique Nouvian Ouattara

Tribune exclusive de la Première Dame de Côte d’Ivoire Dominique Nouvian Ouattara

Afin de mettre un terme au travail des enfants dans l’industrie du cacao en Côte d’Ivoire, de nombreuses initiatives associant gouvernements, ONG, industriels et instituts de recherche sont entreprises. L’avenir de nos enfants est une responsabilité collective, qui requiert un engagement fort et la détermination de tous les acteurs impliqués.

La huitième réunion annuelle du Groupe de Coordination des Actions de Lutte contre le Travail des Enfants dans la Cacaoculture (CLCCG) qui s’est tenue, pour la première fois en Côte d’Ivoire du 17 au 19 juillet derniers, s’est révélée être un évènement d’une importance capitale pour la Côte d’Ivoire et le pays frère qu’est le Ghana.

Cette rencontre quadripartite, réunissant depuis 2010 les États-Unis, le Ghana, la Côte d’Ivoire et les acteurs de l’industrie du cacao et du chocolat, affichait un ambitieux thème central : « accélérer le rythme des progrès d’ici à 2020 et au-delà : intensifier les bonnes pratiques pour lutter contre le travail des enfants dans le secteur du cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana ». À cette occasion, les acteurs engagés pour la cause des enfants ont adopté une série de recommandations importantes. Parmi ces préconisations, la vulgarisation des bonnes pratiques agricoles à l’échelle nationale, le renforcement de la coordination dans la mise en œuvre des plans d’action nationaux, ou encore la stimulation de la consommation locale de cacao.

Et, afin de toucher du doigt la réalité de la lutte contre le travail des enfants, nous nous sommes rendus, avec les délégations ivoiriennes et ghanéennes et les industriels du cacao, dans la coopérative agricole d’Adzopé, qui a accompli des efforts exemplaires en faveur de l’autonomisation des femmes, une condition indispensable pour lutter contre l’exploitation des enfants. Alors que 10 % des adhérents de cette structure sont des femmes, j’ai personnellement tenu à leur exprimer tout mon soutien.

Lutter efficacement contre l’exploitation des enfants par la voie légale

Depuis juin 2017, la Côte d’Ivoire a peaufiné ses textes de loi et pris des décrets, pour lutter plus efficacement contre le travail des enfants. A cet effet, une liste de travaux légers dits « socialisants » autorisés aux enfants âgés de 13 à 16 ans a été établie, tandis qu’une autre de travaux interdits pouvant porter atteinte à leur intégrité et leur croissance, a été également dressée. Ces types de travaux sont strictement interdits aux enfants et les contrevenants sont punis par la loi.

Cette distinction permet d’éviter tout amalgame entre les enfants des paysans, qui en dehors des heures d’école, apprennent auprès de leurs parents à pratiquer le métier de ceux-ci ; et les enfants qui sont réellement victimes de traite et d’exploitation. Ainsi, les indicateurs utilisés pour les prochaines enquêtes sur le travail des enfants dans la production du cacao seront beaucoup plus pertinents, et adaptés à la situation réelle des producteurs et de leurs enfants.

Il faut en effet utiliser les bons outils statistiques pour discerner correctement les réels cas de traite et d’exploitation des enfants, et y apporter des solutions concrètes. D’ailleurs, la Côte d’Ivoire et les États-Unis ont conclu, le 16 février dernier, un accord pour lancer une vaste enquête sur ce phénomène dans les zones de production cacaoyère. Signé entre le Comité National de Surveillance des Actions contre la Traite, l’Exploitation et le Travail des Enfants en Côte d’Ivoire (CNS), que j’ai l’honneur de présider, et l’Institut de recherche NORC de l’Université de Chicago, cet accord s’étend jusqu’en 2019.

En attendant les résultats de ces études, des campagnes de communication, d’information et de sensibilisation ont ainsi été mises en place et des dispositifs de prise en charge des enfants ont été créés par le Ministère de l’Enfant, en partenariat avec les associations et les ONG.

Enfin, la législation ivoirienne a déjà permis de condamner 93 auteurs de traite et d’exploitation d’enfants, et également de secourir 83 000 enfants victimes. Des enfants arrachés aux mains des trafiquants qu’il s’agit ensuite de ne pas laisser livrés à eux-mêmes. En juin dernier, la Fondation Children Of Africa inaugurait ainsi, à Soubré, un centre destiné aux enfants victimes de maltraitance et de travaux forcés dans les mines et plantations de cacao de la région de la Nawa, dans le sud-ouest du pays. Deux autres centres doivent voir le jour à Bouaké et Ferkessédougou, représentant un investissement total de 3 milliards de francs CFA. Ces structures doivent permettre de prendre en charge ces enfants avant qu’ils ne réintègrent leur famille d’origine.

Éliminer le travail des enfants, une responsabilité collective

Comme je l’ai annoncé à la tribune du GLCCG, je suis fermement convaincue que, si nous conjuguons nos efforts, les recommandations formulées et les efforts entrepris nous aideront à réduire le fléau du travail des enfants dans la cacaoculture. Pleinement engagée, la Côte d’Ivoire prendra, évidemment, toute sa part à ces efforts communs.

 

 

Dominique Nouvian Ouattara, Première Dame de Côte d’Ivoire

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