Egalité femmes-hommes : qu’en est-il dans le secteur de l’énergie ?

Secteur traditionnellement masculin, l’énergie attire de plus en plus de femmes grâce notamment à l’engagement des grands groupes comme Engie et EDF en faveur de la parité.

À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes célébrée chaque 8 mars, le sort des salariées en entreprise laisse encore un goût d’échec. Selon le rapport 2016 du ministère des Familles, de l’enfance et des droits des femmes, les hommes gagneraient en moyenne encore 19 % de plus que les femmes en France. Ces dernières seraient 31 % à travailler à temps partiel, contre 7 % des hommes. Elles consacreraient en outre 1h30 de plus qu’eux aux tâches domestiques. Avec 27,2 % de femmes dans ses effectifs au 31 décembre 2017, le secteur des industries électriques et gazières (IEG) ne semble pas exemplaire en la matière, selon les chiffres du Secrétariat des groupements d’employeurs des IEG. La proportion d’employées y est certes en progression, puisqu’elle n’était qu’à 22,3 % en 2002, mais cela représente à peine 5 points supplémentaires en 15 ans. L’écart est particulièrement creusé dans la filière technique, où seuls 14 % des employés sont des femmes, à l’inverse des métiers commerciaux et tertiaires, où elles sont majoritaires. Il est également élevé dans les postes à haute responsabilité, avec seulement 20 % de salariées parmi les cadres supérieurs, contre 30 % parmi l’ensemble des cadres. Le secteur de l’énergie peut en revanche se targuer de compter en la personne d’Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, la seule femme à la tête d’une entreprise française du CAC 40. Un arbre qui continuera cependant à cacher la forêt tant que les écoles d’ingénieurs n’accueilleront pas plus de 30 % de femmes, comme c’est le cas actuellement, et que les métiers des sciences de l’énergie, notamment dans la filière renouvelable, ne seront pas suffisamment valorisés auprès de la gente féminine. Plusieurs réseaux professionnels existent pourtant en France, comme Énergies de femmes, Ex-Aequo, Women in Networking, même si leur représentation reste faible. En janvier 2018, on se souvient que le député ex-LREM Matthieu Orphelin avait dénoncé ce déséquilibre en annulant sa participation à un colloque sur la transition énergétique en raison du nombre insuffisant de femmes parmi les intervenants (deux sur 15)…

Quelques progrès et surtout de nombreuses initiatives

Derrière ces chiffres peu encourageants, les choses bougent pourtant du côté des grands groupes énergétiques. Chez Engie, fort de sa directrice générale, les femmes forment 62,5 % du conseil d’administration, soit le plus féminisé du CAC 40 avec Kering. Le fruit d’une politique de mixité entamée il y a plus de 10 ans, qui vise à faire progresser les femmes au sein du groupe par leur nombre, mais aussi en les accompagnant dans leur évolution de carrière. Le réseau féminin Women in Networking y a ainsi vu le jour, tout comme des programmes de mentoring (Mentoring for Engie) et de formation (Women in leadership) dédiés aux femmes, ainsi qu’une politique de parentalité pour l’ensemble de ses collaborateurs. Suite à la signature en 2012 d’un accord européen sur l’égalité entre les sexes, Engie a fixé des objectifs spécifiques afin d’atteindre 25 % de femmes dans ses effectifs, 30 % dans ses recrutements, 33,3 % parmi ses cadres dirigeants nouvellement nommés et 35 % parmi ses hauts potentiels d’ici 2020.

Chez EDF, où 26 % des cadres sont des femmes, de nombreuses actions sont mises en œuvre pour soutenir la féminisation des métiers techniques et scientifiques.. Depuis 2004, le Groupe a développé différents dispositifs afin d’améliorer la rémunération, le parcours professionnel, le recrutement, la parentalité, la formation, la santé et les conditions de travail de ses employées. Autant d’efforts qui ont valu à EDF d’obtenir la deuxième place du classement réalisé par le magazine Capital dans la catégorie « Champion de l’équilibre entre travail et vie privée ». Énergies de femmes, un des quatre réseaux féminins d’EDF, compte en outre près de 3 000 membres. Malgré cet engagement, des efforts restent à mener dans les filières très techniques comme le nucléaire, , où elles constituent 20 % des salariés.

Encourager les femmes dans le nucléaire

« Quand je suis arrivée, le service [logistique-prévention des risques] comprenait plus d’hommes que de femmes, mais au fil des années, l’équipe tend à être mixte, ce qui est très bien, témoigne Carole Moreaux, ingénieure en radioprotection à la centrale nucléaire d’EDF de Saint-Alban. Chacun peut ainsi apporter une complémentarité qui permet de créer un équilibre afin de mieux travailler ensemble. » Oeuvrant sur le projet de stockage en profondeur des déchets nucléaires Cigéo à Bure (Aube), Marie affiche elle aussi un enthousiasme pour son emploi qui démonte tous les préjugés sur les métiers dits féminins. « C’est très intéressant dans la mesure où nous prenons tous les paramètres en compte, de la sûreté du stockage au transport en passant par la structure des alvéoles qui devraient accueillir des déchets dans quelques années. » Pour encourager l’emploi des femmes dans l’énergie et le nucléaire, un concours baptisé Fem’Energia a d’ailleurs été instauré en 2009 par WIN (Women in Nuclear) et WIN France, en partenariat avec EDF-Institut de France. Adressé aux lycéennes, étudiantes et salariées du secteur nucléaire, le prix Fem’Energia récompense les projets et parcours exemplaires par des prix de 2 000 euros décernés dans chacune des six catégories : CAP/Bac pro, Bac +2/3, Bac +5, Collective, Femme active et Working Women. En 2019, l’ouverture des inscriptions pour la 11e édition débutera le 25 février. Plus récent, le Prix des femmes des énergies renouvelables récompense, quant à lui, 20 femmes dans cinq catégories : entreprises, sphère institutionnelle, territoires, start-up et services. Initié l’an dernier par les spécialistes du solaire et de l’éolien Greensolver et GreenUnivers, il met à l’honneur leur engagement quotidien, leur influence et la qualité de leurs réalisations dans un secteur qui a cruellement besoin de modèles féminins pour susciter des vocations.