Les Français (enfin) heureux au travail ?

Démotivés, méfiants, apathiques, voire franchement allergiques ! On utilise toutes sortes d’adjectifs pour décrire le difficile rapport des Français au travail. Mais chez SFAM, Kiabi et Salesforce, c’est un tout autre son de cloche.

Deux études récentes ont été élaborées sur la question. La première, qui a été réalisée par ChooseMyCompany et Les Echos Start, affiche des résultats surprenants. En effet, selon l’enquête HappyIndex/AtWork 2018, 65 % des salariés se déclarent « heureux et motivés » au travail, un chiffre en augmentation de 7 points par rapport à l’an dernier. « Le contexte économique s’améliore. Un vent d’optimisme et de plaisir au travail souffle en France », affirme Celica Thellier d’Auzers, cofondatrice de ChooseMyCompany et directrice de l’étude.

Mais alors, les Français ne sont-ils plus fâchés avec leur travail ? Ce n’est pas si simple. Car la culture française reste favorable à un certain pessimisme, dont les origines pourraient se trouver dans un système éducatif basé sur la peur (de la sanction, de la note, de l’enseignant) et un enseignement purement théorique, comme le suggère Céline Alvarez dans son ouvrage Les lois naturelles de l’enfant.

Certains Français se montrent méfiants à l’idée même du bonheur, et craignent que la quête du bien-être au travail puisse déboucher sur une forme de frustration ou d’« happycondrie, soit l’angoisse de n’être jamais assez heureux », comme l’explique au Monde la sociologue Eva Illouz.

Attirer et fidéliser les talents, la stratégie de SFAM

C’est ce pessimisme bien enraciné que vient démentir le classement Happy At Work. La confiance donnée par l’employeur, le plaisir éprouvé au bureau ainsi que le sens au travail donnent aux salariés français un sentiment de bien-être. Sans les rendre pour autant incapables de signaler quelques marges d’amélioration. En effet, les processus concernant l’évaluation et l’évolution des salaires « restent peu lisibles, alors qu’ils sont reliés directement à la place de chaque individu dans l’entreprise », explique Celica Thellier d’Auzers.

De plus en plus sensibles à l’épanouissement de leurs collaborateurs, les employeurs tentent de répondre à ces revendications. Chez SFAM, première du classement HappyIndex/AtWork pour les entreprises entre 500 et 999 salariés, le salaire et la reconnaissance sont des éléments clés pour attirer et fidéliser les talents. « On ne propose que des CDI. Tous nos salariés ont un variable. Par rapport à notre secteur, on propose 40 % de plus en termes d’émoluments », résume Sadri Fegaier, président fondateur de SFAM.

Gare au « happy-washing » !

Chez le groupe d’habillement Kiabi, seule multinationale française à figurer au palmarès Great Place to Work Europe 2018, la participation des salariés à la prise de décisions est fondamentale. L’enseigne est en effet entrée « dans une ère de co-construction de la vision et de la stratégie avec les collaborateurs », selon son directeur général, Nicolas Hennon. « On construit ensemble, dans une philosophie du croire en l’autre, dans l’ouverture », ajoute-t-il.

Le cas de Salesforce, en tête du palmarès Great Place to Work des entreprises de 500 à 5 000 salariés, confirme que « l’impression de faire partie d’une équipe, d’une famille » est un des principaux facteurs qui expliquent le bien-être des salariés. « Notre succès passe par celui des employés. Ceux-ci trouvent leur épanouissement dans la réussite auprès de leurs clients. Les entreprises qui vont réussir sont des sociétés humanistes et qui donnent du sens », affirme Olivier Derrien, senior vice-président, France, Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique chez Salesforce.

Certes, il ne s’agit pas de créer une fausse sensation d’euphorie chez l’employé. « Le bonheur sous forme cosmétique ne génère pas de véritable performance, il sert juste à faire du happy-washing », explique dans les pages du Monde Alexandre Jost, fondateur de la Fabrique Spinoza. Mais il s’agit bien de permettre au salarié de se sentir lui-même au travail tout en contribuant à son accomplissement personnel.

Pas encore de commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.