LGBT et entreprises : des avancées à petits pas ?

Tout n’est pas toujours arc-en-ciel dans les entreprises françaises, loin de là. Encore trop d’employés LGBT se disent victimes de discriminations au quotidien. Pourtant, des avancées existent, voire de vrais changements d’état d’esprit dans le monde du travail, même si cela demande encore à être généralisé.

Si le Mariage pour Tous a été une avancée sociologique importante en France, la libération de la parole homophobe qui a suivi les débats, a contribué à exacerber les violences envers les personnes LGBT. On estime qu’il y a en France, en 2018, une agression homophobe toutes les 33 heures. Le ministère de l’Intérieur a ainsi relevé 1 026 infractions contre les LGBT en 2017 et que les plaintes avaient augmenté de 15% cette année. C’est ce qu’a souhaité chiffrer l’IFOP en juin dernier1, lors d’une enquête intitulée Genre, sexualités et santé sexuelle et les premiers résultats font froid dans le dos. 53% des LGBT affirment avoir déjà été confrontés au moins une fois dans leur vie à un acte homophobe et si les injures sont majoritaires, les actes de violences physiques concernent 39% des gays et lesbiennes habitant dans des banlieues populaires. Un tiers des LGBT affirment avoir été discriminés au moins une fois à cause de leur orientation sexuelle, dont 25% sur leur lieu de travail. Si bien que nombre de gays et lesbiennes préfèrent taire leurs préférences à leurs collègues et supérieurs. Le monde de l’entreprise a-t-il si peu évolué sur ce sujet ?

 

Des avancées encore timides…

Tout n’est pourtant pas noir. Une autre étude menée2 par l’IFOP et l’association Autre Cercle de professionnels LGBT et parue en décembre 2017, montrait que 89% des gays et lesbiennes et 72% des personnes transgenres, se sentaient bien intégrées dans leurs entreprises. Ces mêmes personnes estimaient même à 59% leur chance d’évolution professionnelle. 71% des gays, bi et lesbiennes affirmaient parler ouvertement de leurs préférences sexuelles sur leur lieu de travail, même si du chemin est encore à parcourir pour que cette même annonce se fasse à son supérieur hiérarchique (seulement 16% des sondés), voire à un collègue des ressources humaines (9%, un chiffre dérisoire). Et pour certains, 29% tout de même, il est encore délicat de parler librement de la personne avec qui l’on vit, affirmant soit être en couple avec une personne du sexe opposé ou carrément, être célibataire.

L’avancée des mœurs en entreprise est donc encore peu significative. Même si tout dépend du secteur d’activités. Il est certain que le milieu artistique est plus ouvert sur la question que celui du bâtiment. Le Boston Consulting Group3 a ainsi mené en 2016, une enquête auprès des étudiants et jeunes diplômés LGBT concernant une hypothétique sortie ou non du placard dans sa future entreprise. Pour 60% d’entre eux, cela peut être considéré comme un avantage dans certains secteurs, comme celui du digital, de la communication ou du conseil. Mais ce même pourcentage devient un inconvénient, dès lors qu’on travaille dans le milieu de l’industrie, de la banque ou de l’assurance. Même si là encore, tout dépend de chaque entreprise, certaines étant plus gay friendly que d’autres. D’aucunes, comme Air France, disposent de leur propre association LGBT et d’autres affichent une tolérance qui confinent à l’admiration, comme BNP Paribas, IMB ou encore Disney. Et tout dépend également du lieu où est située l’entreprise : plus la ville est importante, plus le taux d’acceptation sera fort. Les entreprises parisiennes sont ainsi plus tolérantes que celles de province sur la question LGBT.

 

Mais des avancées tout de même.

Moqueries, mises à l’écart, harcèlement ou perspectives de carrière gelée sont parmi les craintes des personnes LGBT en entreprise. Ils sont 40%, selon l’OIT (l’Organisation Internationale du Travail) à avoir déjà subi une discrimination sur leur lieu de travail, même dans le secteur public. Et les femmes sont plus enclines à taire leurs préférences que leurs homologues masculins, de peur d’une double discrimination (être une femme, de surcroît lesbienne). « La question de la visibilité des lesbiennes et des transgenres pose encore problème » souligne Catherine Tripon, porte-parole de L’Autre Cercle. « Nos élites ont encore une attitude très frileuse sur le sujet LGBT », ajoute-t-elle.

C’est alors qu’intervient la Charte, créée par l’association Autre Cercle et le groupe Accenture en 2012. Une charte4 d’engagement pour les entreprises, d’assurer à leurs employés LGBT un contexte professionnel dépourvu de toute discrimination, avec une égalité des droits entre tous les salariés. Mieux, si des actes ou propos homophobes venaient à avoir lieu, des sanctions seraient tenues. De grandes entreprises l’ont ainsi signée, dont BNP Paribas, le groupe Casino, Orange, EDF, TF1 et le groupe de protection sociale professionnelle Audiens. Aujourd’hui, elles sont plus d’une quarantaine d’entreprises adhérentes et chacune dispose de son panel d’actions pour lutter contre les discriminations. Chez Audiens, ce fut la mise en place d’un référent interne et d’une chargée de mission externe LGBT pour sensibiliser le personnel sur la question, la diffusion du film Coming out et de clips pro-LGBT à tous les salariés, la participation aux Gay Games et à l’ouvrage collectif Mon employeur fait son coming out… Reste à souhaiter que toutes les entreprises, quelles que soient leur taille, agiront dans ce sens dans les années à venir…

 

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