Une sculpture contre les violences sexuelles lors des conflits armés

Petit événement pour la lutte contre les violences faites aux femmes lors des conflits armés : hier a été inaugurée une statue à Londres pour rendre hommage aux Vietnamiennes victimes de viol lors de la guerre dans les années 70. Un symbole lourd de sens pour un épisode historique méconnu.

Inauguration un peu particulière ce 11 juin à Church House près de Westminster. En présence de Jack Straw l’ancien ministre britannique des Affaires étrangères et ambassadeur de l’association Justice for Lai Dai Han (JLDH), une œuvre de l’artiste Rebecca Hawkins intitulée « la Mère et l’Enfant » a été présentée à la presse.

Un appel au cœur de la capitale britannique et un événement qui réunissait la lauréate du prix Nobel de la paix Nadia Murad, le président du Groupe parlementaire multipartite du Vietnam, Wayne David, ou encore la député et coprésidente du Groupe parlementaire multipartite pour la prévention de la violence sexuelle en temps de conflit, la baronne Nicholson of Winterbourne.

Des discours et une inauguration qui doivent permettre de sensibiliser l’opinion publique britannique et mondiale aux cas des violences faites aux femmes lors de conflit armé, et notamment le cas particulier des Lai Dai Han. Un terme injurieux, qui désigne les enfants issus des viols commis par l’armée sud-coréenne au Vietnam, lorsqu’elle épaulait les États-Unis dans la région.

En effet, des centaines de Vietnamiennes ont été violées par des soldats sud-coréens lors de la guerre du Vietnam (1964-1973). Les d’enfants nés de ces unions forcées, les fameux « Lai Dai Han » sont aujourd’hui victimes d’ostracisme, d’exclusion économique et sociale, de marginalisation. Et aujourd’hui encore, nombreux sont ces descendants qui recherchent leur père biologique coréen. « Bien que les actes de violence sexuelle contre ces femmes aient été commis par des individus, nous pensons qu’il faut que les gouvernements du Vietnam et de la Corée du Sud soutiennent publiquement une enquête indépendante menée par un important organisme international tel que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Si nous ne faisons pas de progrès dans ce domaine maintenant, il pourrait être trop tard pour de nombreuses victimes » a alerté l’ancien ministre Jack Straw lors de l’inauguration de la statue.

Un épisode méconnu, qui a marqué au fer rouge la société sud-coréenne. Pour l’ancien ministre de la couronne, cette statue doit mettre en lumière ces crimes, mais aussi permettre à « une enquête indépendante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés » de faire toute la lumière sur cette affaire. Pour la lauréate au prix Nobel de la paix Nadia Murad, « L’événement d’aujourd’hui contribue à sensibiliser le public au sort des victimes vietnamiennes de la violence sexuelle alors qu’elles cherchent à obtenir reconnaissance et justice. Je suis fière de défendre toutes les victimes de violence sexuelle dans le monde ».

Nadia Murad

Les Lai Dai Han mais pas uniquement

Dans son discours, Jack Straw a aussi rappelé l’engagement du Royaume-Uni sur le sujet des violences sexuelles et de l’assistance aux victimes. Il a notamment rappelé que Lord Tariq Ahmad, représentant spécial du Premier ministre britannique en charge de la prévention des violences sexuelles dans les conflits, avait annoncé en 2008 que le Royaume-Uni engagerait un montant supplémentaire de 500 000 livres sterling en faveur de l’aide aux victimes de violences sexuelles dans le monde. Un geste qui a permis de déployer davantage d’experts dans des zones telles que la Syrie, le Nigeria ou encore le Myanmar.

Le Royaume-Uni a par ailleurs exhorté les pays du monde entier à signer le « Code de Murad », qui définit les normes de comportement des organismes gouvernementaux, des ONG et des travailleurs humanitaires lorsqu’ils recueillent des preuves de violences sexuelles dans les zones de conflit pour les tribunaux. Une étape que l’ancien ministre britannique estime « essentielle » afin de traduire davantage de délinquants en justice.

« Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et permettre que les actes de violence sexuelle historiques, souvent ceux qui datent de plusieurs décennies, soient ignorés. Le fait de savoir que la communauté internationale fera tout ce qui est en son pouvoir pour que justice soit faite, quelle que soit la date à laquelle un viol a pu avoir lieu, est un facteur dissuasif important. Non seulement cela, mais nous devons aussi aux victimes de veiller à ce qu’on leur permette de tourner la page et de vivre en paix. C’est encore plus important pour les victimes en fin de vie », a-t-il ajouté.

Un symbole de justice pour les Lai Dia Han, mais aussi pour toutes les victimes des violences sexuelles lors des conflits armés. Après son inauguration, la sculpture sera exposée à la Galerie du 10 Hanover Street près d’Oxford Circus.

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