Argentine : le droit à l’avortement face au Sénat et aux lobbys religieux

Le droit des femmes, est un mouvement qui se décline différemment suivant les pays et les situations locales. Les préoccupations, ne sont pas partout les mêmes. En Argentine, de nombreuses femmes se mobilisent pour le droit à l’avortement. C’est un combat difficile, qui rencontre de nombreux adversaires farouches dans le pays. Le chemin est encore bien long.

Loin de se décourager le mouvement, #NiUnaMenos (8M) était encore au centre d’un grand rassemblement, qui a récemment attiré plusieurs milliers de femmes dans les rues d’Argentine, vêtues de vert et de violet. Déjà en février, des centaines de femmes s’étaient rassemblées devant le Parlement à Buenos Aires, pour réclamer la légalisation de l’IVG. Le mouvement veut imposer son combat au cœur des campagnes présidentielles et législatives qui auront lieu au mois d’octobre.

Cependant, ce combat n’est pas nouveau et depuis 2015, le mouvement “8M” mène la contestation. C’est lui, qui a réussi la grande mobilisation de 350 000 personnes dans la ville de Buenos Aires et d’autres grandes villes en 2018.

Cependant, cela n’a pas suffi, une proposition de loi favorable au droit à l’avortement légal, sûr et gratuit, a été rejetée par le Sénat l’année dernière. En effet, au Sénat, chaque province est représentée par trois sénateurs, quelle que soit sa taille ou sa population. Or, les petites provinces du Nord du pays, qui restent très conservatrices disposent de beaucoup de poids politique et bloquent toutes évolutions. Sans se décourager, les militantes déposeront pour la huitième fois consécutive, une nouvelle proposition de réforme au Parlement.

En attendant, de nouveaux cas sordides feront la une des journaux. Par exemple, celui de la jeune Lucia 11 ans, violée par le compagnon de sa grand-mère. Si l’avortement, est autorisé en cas de danger pour la vie ou la santé de la mère et en cas de viol, les autorités ont retardé sa demande d’IVG légale. Finalement, la petite originaire de la province conservatrice de Tucuman, a dû subir une césarienne à cinq mois de grossesse.

Ce cas ne serait que la partie visible et hélas dramatiquement médiatique, mais selon une ONG baptisée “Maintenant qu’on nous voit”, qui recense les violences de ce genre, un féminicide est commis toutes les 36 heures en moyenne.

En face, les moyens d’action ont été réduits. Le président Mauricio Macri, a en effet diminué de 18 % le financement de l’Institut National des Femmes (INAM), chargé des programmes sociaux. A ce sujet, Clara Hijano, politologue argentine, spécialisée dans les questions de masculinité et de garde parentale, apparaît pour sa part assez pessimiste sur la volonté du gouvernement de vraiment faire bouger les choses. Elle souligne, que le gouvernement coupe les aides sociales destinées aux femmes en difficultées, tout en maintenant le financement des écoles religieuses.

Le gouvernement peut difficilement faire sans le poids de la religion. 76 % des Argentins se réclament de religion catholique. Or, celle-ci est bien sûr contre l’avortement. Mais le pays d’origine du pape doit en plus faire avec les courants évangéliques, qui commencent à influencer l’espace public argentin. Inutile aussi de chercher un soutien de ce côté, car ces courants sont loin d’être ouverts aux droits des femmes.

De fait, l’Église catholique a beaucoup d’influence dans les hautes sphères politiques et l’Eglise évangélique est de plus en plus présente dans les quartiers populaires et les plus défavorisés. L’influence de ces lobbys religieux n’est pas de bon augure pour les activistes des droits des femmes.

Crédit photo : Paul Thielen

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