Le ministère de la Transition écologique vient de mettre à jour la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (Esod), autrefois appelées « nuisibles ». Valable pour trois ans, cet inventaire comprend le renard, la fouine, la martre, la belette, la corneille noire, le corbeau freux, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Il est permis de tuer ces animaux toute l’année jusqu’à 2029. Pour les associations environnementales et les scientifiques, c’est une aberration dans tous les sens.
Vendredi 21 août, le ministère de la Transition écologique a publié au Journal officiel la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (Esod), autrefois appelées « nuisibles ». Valable pour les trois prochaines années, cette nouvelle mise à jour tri-annuelle se compose de neuf espèces : la belette d’Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Jusqu’en 2029, il est permis de les chasser, piéger, capturer, déterrer et tuer toute l’année pour éviter des dégâts pénalisant notamment certaines activités agricoles.
Le décret sur les Esod comprend quelques « limitations »
Chaque année en France, plus d’1,7 million d’animaux – principalement des renards, mustélidés et des corvidés – sont abattus, au prétexte de réduire les risques sanitaires, les pertes économiques et autres dégâts pour les activités et les biens humains. Ces animaux peuvent être tués par divers moyens pendant toute l’année, même en dehors des périodes de chasse, et pour certains en quantité illimitée.
Toutefois, le décret publié le vendredi 21 août est assorti de conditions ou de « limitations » suivant les communes et départements. Il précise par exemple que la belette, la fouine et la martre peuvent « être piégées toute l’année » mais uniquement à moins de 250 mètres d’un bâtiment ou d’un élevage particulier ou professionnel ou sur des terrains consacrés à l’élevage avicole, ou apicole dans le cas de la martre.
Aspas et LPO vont engager des recours devant le Conseil d’État
« Le classement n’a pas pour but d’éradiquer les espèces concernées, qui jouent un rôle important dans leur écosystème », se défend le ministère de la Transition écologique. Mais deux associations de protection des animaux, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), ont annoncé engager des recours devant le Conseil d’État.
L’Aspas affirme que les animaux ciblés sont « déjà durement touchés par un été cataclysmique entre les feux de forêts, les canicules en série et une sécheresse historique ». De son côté, LPO dénonce une « politique à rebours des connaissances scientifiques désormais établies ».
La destruction des espèces Esod coûte plus cher que l’indemnisation des dommages économiques causés
Selon une étude du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de mars 2026, la destruction des espèces Esod coûte plus cher que d’indemniser les dommages économiques causés. Le coût économique de cette politique est estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, en incluant la main-d’œuvre et le matériel de chasse, alors que les coûts annuels officiels des dommages s’élèvent entre 8 et 23 millions d’euros. Face au grand écart entre les chiffres, les scientifiques estiment que ce dispositif est « inefficace » et « économiquement injustifiable ».
Le nuisible ne serait-il pas l’être humain ?
Sur le plan environnemental, c’est également une aberration. Des espèces considérées comme nuisibles ne sont pas moins indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes et à l’adaptation de la biodiversité aux changements globaux. C’est le cas des animaux dits « ingénieurs » comme le geai des chênes, qui participe à la reforestation en dispersant les glands. Il y a aussi le renard, qui creuse des terriers contribuant à l’oxygénation des sols forestiers et servant de refuge pour d’autres animaux.
Les « nuisibles » seraient peut-être à rechercher parmi les êtres humains, ceux-là qui ne font que détruire la planète par l’expansion de leurs villes et l’exploitation effrénée des ressources naturelles…Des études font en outre valoir que l’abattage ne réduit pas les populations d’espèces dites nuisibles. Au contraire, celles-ci ont tendance à se reconstituer, voire à augmenter, après un épisode de chasse massif.
Il faut mettre fin à l’Esod pour se tourner vers des alternatives respectueuses de la biodiversité
Scientifiques et écologistes appellent donc à mettre fin à cette spécificité française (l’Esod) ou à la remanier profondément pour la rendre acceptable. Ils plaident notamment pour un système bien plus ciblé, avec des régulations ponctuelles et très localisées lorsqu’il y a des dégâts avérés.
Les opposants recommandent également la mise en place de solutions alternatives pour prévenir des dommages dans les cultures. Ils citent par exemple la plantation de haies et l’installation de perchoirs, qui favorisent le retour des rapaces, prédateurs naturels des corneilles et des corbeaux. Quant à l’argent gaspillé dans la traque, font valoir les détracteurs, il pourrait être investi dans l’urgente restauration de la biodiversité pour rétablir des équilibres naturels.