Haies : la baisse des financements publics menace les objectifs de replantation

En France, le soutien public aux haies pourrait fortement baisser en 2027. Selon Agir pour l’environnement, le projet de budget ne prévoit plus que 1,3 million d’euros, contre 7 millions en 2026. C’est très loin des 110 millions d’euros par an annoncés fin 2023 lors du lancement du Pacte en faveur de la haie.

À l’heure de la dégradation des écosystèmes et du déclin de la biodiversité, les haies constituent des éléments essentiels des paysages agricoles et de la préservation de l’environnement. Elles remplissent plusieurs fonctions écologiques et agricoles. Ces structures végétales linéaires abritent de nombreuses espèces animales et végétales, servent de corridors écologiques et favorisent la circulation des pollinisateurs et des auxiliaires de culture. Aussi, elles contribuent au stockage du carbone, limitent l’érosion des sols, filtrent l’eau et ralentissent le ruissellement. En agriculture, ces palissades protègent les cultures contre le vent et offrent au bétail de l’ombre ainsi qu’un abri contre les intempéries.

La France a perdu en moyenne 23 571 kilomètres de haies par an, entre 2017 et 2021

Leur efficacité dépend toutefois de leur diversité, de leur entretien et de leur adaptation aux conditions locales. Entre 2017 et 2021, la France a perdu en moyenne 23 571 kilomètres de haies par an en l’absence d’un soutien public fort. Près de 70 % des haies bocagères françaises ont disparu depuis les années 1950, sous l’effet du remembrement et de l’agrandissement des parcelles. Pour inverser cette tendance, l’État a lancé, le 29 septembre 2023, le Pacte en faveur de la haie, qui vise un gain net de 50 000 kilomètres de haies d’ici à 2030. Le programme prévoyait 110 millions d’euros par an dès 2024, en complément des financements existants.

Les crédits annoncés ne font que baisser au fil des ans

Mais les financements prévus n’ont fait que baisser depuis lors. Les crédits annoncés pour 2027 s’élèvent à 1,3 millions d’euros, contre seulement 7 millions d’euros en 2027. Soit une réduction de 98,8 % par rapport à l’engagement financier initial. Seuls 79,5 millions d’euros auraient été consacrés aux haies en trois ans, alors que 330 millions étaient attendus. Cette diminution des financements suscite des inquiétudes quant à la réalisation de l’objectif fixé par le Pacte. Agir pour l’environnement, une association française de mobilisation citoyenne, dénonce une insuffisance budgétaire, qui risque de compromettre les efforts de plantation et de préservation.

Un manque de moyens humains et financiers pourrait empêcher un examen efficace des demandes et favoriser les arrachages

Ses inquiétudes sont renforcées par le lancement récent d’un guichet unique destiné à centraliser les demandes d’arrachage des haies. Ce portail implique une déclaration unique, alors que les démarches dépendaient auparavant de multiples codes (urbanisme, code rural, code de l’environnement) auprès du préfet de département.

Agir pour l’environnement craint que le manque de moyens humains et financiers empêche un examen efficace des demandes et favorise les arrachages. L’association note en outre que le coût de plantation, estimé entre 20 et 25 euros par mètre linéaire, accentue les difficultés rencontrées par les agriculteurs. Elle souligne en outre que la restauration du bocage nécessite un entretien durable, des formations adaptées et des financements réguliers.

Les haies intégrées à la feuille de route pour la restauration de la nature présentée à Bruxelles par la France

Agir pour l’environnement appelle donc l’État à revoir sa copie. Ce dernier vient de transmettre à Bruxelles, avec un peu de retard (il était attendu le 1er septembre 2026), son plan national de restauration de la nature, conformément au règlement européen adopté en 2024. Cette feuille de route intègre les haies dans la transition agroécologique et prévoit notamment une augmentation nette de 50 000 kilomètres de haies d’ici à 2030, en cohérence avec les objectifs du Pacte européen. Il pourrait atténuer les conséquences de la diminution des financements publics, alors que le gouvernement recherche des économies dans le cadre du budget 2027 pour réduire le déficit public.