Sexe du médecin : les patients hospitalisés présenteraient de meilleurs pronostics lorsqu’ils sont soignés par des femmes

Préférez-vous être pris en charge par des médecins hommes ou femmes ? Selon une étude canadienne, le sexe du médecin pourrait avoir une incidence sur les chances de guérison des patients hospitalisés. Les personnes prises en charge par des femmes médecins présentaient des risques de décès et de réadmission légèrement plus faibles que celles suivies par leurs confrères masculins. Au-delà de cette différence, ces résultats invitent à s’interroger sur l’importance de la communication, de l’écoute et de la prise en compte des besoins individuels dans la qualité des soins.

Le sexe du médecin pourrait-il avoir une incidence sur les chances de guérison des patients hospitalisés ? C’est ce que laisse entendre une étude menée par l’Université de Toronto et l’Institut canadien de recherche ICES. Cette étude met en évidence une association entre le sexe du médecin et l’évolution de l’état de santé des patients, aussi bien à court qu’à long terme. Elle élargit les recherches antérieures, principalement consacrées aux patients opérés, à un ensemble plus vaste de pathologies et de pratiques médicales.

Les chercheurs ont analysé les dossiers de 958 150 adultes hospitalisés en Ontario

Dans le cadre de leur étude clinique, les chercheurs canadiens ont analysé les dossiers de 958 150 adultes hospitalisés en Ontario, au Canada, entre 2008 et 2022, pour sept affections courantes, notamment l’infarctus aigu du myocarde et la pneumonie. Parmi eux, 259 759 ont été pris en charge par des femmes médecins, contre 698 391 par des hommes. Les résultats montrent que la mortalité dans les 30 jours suivant l’hospitalisation s’établissait à 12,3 % chez les premiers, contre 13,7 % chez les seconds.

Une diminution de 7 % du risque de décès dans les 30 jours qui suivent quand les hospitalisations longue durée sont assurées par une femme médecin

Les taux de réadmission sur la même période étaient respectivement de 18,6 % et 18,9 %. Aussi, une augmentation de 10 % de la proportion des journées d’hospitalisation assurées par des femmes médecins était associée à une diminution de 7 % du risque de décès dans les 30 jours. Des tendances similaires ont été observées à 90 jours et à un an. Après ajustement des caractéristiques des patients, des médecins et des établissements, les chercheurs ont également relevé une diminution de 12 % du risque de décès à 30 jours chez les patients suivis par des femmes médecins.

Une femme médecin davantage portée vers une communication centrée sur le patient

Pour expliquer ces écarts, les auteurs avancent plusieurs hypothèses liées aux pratiques professionnelles. Les femmes médecins seraient davantage portées vers une communication centrée sur le patient et consacreraient plus de temps à chacun. Elles seraient également plus susceptibles de respecter les recommandations cliniques, de consulter leurs collègues et de partager les décisions thérapeutiques. Ces comportements pourraient favoriser une meilleure évaluation des symptômes et une coordination plus efficace des soins.

Il ne faut toutefois pas se mettre à privilégier systématiquement les praticiens de sexe féminin

Ces observations ne devraient toutefois pas conduire à privilégier systématiquement les médecins d’un sexe au détriment de l’autre. Elles invitent plutôt à considérer la sensibilité de chaque patient, ses attentes et ses besoins particuliers. Une écoute attentive, une communication adaptée et une relation de confiance peuvent contribuer à améliorer la prise en charge, indépendamment du sexe du professionnel de santé. L’enjeu serait donc de favoriser ces qualités dans l’ensemble du corps médical, au lieu de les associer exclusivement aux femmes médecins.

L’attribution d’un médecin à un patient hospitalisé repose généralement sur un système de rotation

Angela Jerath, principale auteure de l’étude, souligne d’ailleurs que l’objectif n’est pas de favoriser une catégorie de praticiens, mais d’identifier les comportements susceptibles d’améliorer la qualité des soins dans tout le système de santé. Elle relève également que l’attribution des médecins aux patients hospitalisés repose généralement sur un système de rotation, ce qui limite les biais liés aux préférences individuelles. Les chercheurs estiment néanmoins nécessaire de poursuivre les investigations afin de déterminer plus précisément les mécanismes à l’origine de ces différences et de vérifier si les résultats peuvent être reproduits dans d’autres systèmes de santé et d’autres pays.

La figure maternelle, une autre piste ?

Pour notre part, d’autres éléments pourraient entrer en compte. Outre l’inclination de certains hommes à se sentir mieux auprès des femmes (tous les patients n’étant pas des hommes bien sûr), l’influence des premières expériences affectives aurait pu peser. En effet, les relations nouées durant l’enfance avec la figure maternelle participent à la construction du sentiment de sécurité et de confiance. Ces associations pourraient, chez certains individus, favoriser une perception rassurante des femmes dans les situations où ils se trouvent en position de vulnérabilité, comme lors d’une hospitalisation. Cette hypothèse reste à vérifier et ne saurait expliquer, à elle seule, les résultats de l’étude.