« No kids » : la CNCDH alerte sur l’interdiction des enfants dans l’espace public

Ces dernières années, des espaces « No kids » ou « Only Adults » sont apparus dans des secteurs tels que l’hôtellerie, la restauration et les transports. Comme leur nom l’indique, ces endroits interdisent la présence des enfants pour avoir un peu de calme et de tranquillité. Mais certains les accusent de discrimination. Saisie par la Haute-Commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) appelle à bannir ces lieux.

Depuis quelques années, les restaurants, hôtels et campings cars multiplient les espaces « No kids » ou « Only adults ». Il s’agit de lieux interdits aux enfants et donc uniquement accessibles aux adultes. Encore peu évoquée en France, cette nouvelle tendance a attiré l’attention en janvier dernier lorsque la SNCF a annoncé la création d’une nouvelle classe « Optimum » interdite aux mineurs. L’entreprise ferroviaire justifie cette décision par la volonté de « garantir un maximum de confort à bord. ».

Les espaces No kids, symptôme d’« une intolérance croissante envers les enfants »

Cette mesure a créé un fort émoi parmi la population et poussé la Haute-Commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, à saisir la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Objectif : réfléchir au phénomène préoccupant d‘exclusion plus générale des enfants de l’espace public en raison de leur âge, et à ses conséquences en termes de respect des droits. Dans sa réponse publiée le lundi 6 juillet, la CNCDH appelle à mettre un terme à cette pratique. Elle y voit un symptôme « d’adultisme », autrement dit « une intolérance croissante envers les enfants », qui s’apparente à une discrimination.

Ce phénomène peut tomber sous le coup de la loi

De son côté, la Haute-Commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry considère les espaces « No kids » comme un symptôme inquiétant d’une société qui perçoit l’enfant comme une nuisance. Plus vindicative que la CNCDH, elle avertit que ce phénomène peut tomber sous le coup de la loi. Mais il n’existe pas aujourd’hui dans le droit français une législation sur la non-discrimination sur la base du critère de l’âge.

« Si la jurisprudence ne va pas dans le sens très clair de la lutte contre l’interdiction du No kids, il y aura un complément de réponse législative », a-t-elle assuré. En attendant, elle encourage les citoyens et les associations à mener davantage de « procédures collectives » à ce sujet. En février, la députée Liot Constance de Pelichy avait déposé une proposition de loi visant à interdire les espaces excluant les plus jeunes.

Les espaces No Kids, le reflet « d’une société déprimée, individualiste »

Comme la Haute-Commissaire à l’Enfance, de nombreux Français s’insurgent contre les espaces « No kids ». S’exprimant dans l’émission Eliot Deval et vous, la psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont les perçoit comme un « symptôme tellement révélateur de notre société déprimée, individualiste », qui considère « l’enfant comme une gêne au lieu de le voir comme l’expression de la vie ». Le chroniqueur des Grandes Gueules Charles Consigny, lui, affirme sans faux-fuyant qu’il « déteste les gens qui n’aiment pas les enfants. ». Selon l’avocat, « ce sont des vieux cons » et leur attitude en dit beaucoup plus sur eux que sur « l’enfant qui est normal, et donc parfois un peu turbulent. ».

Ce ne sont pas tant les enfants qu’il faut blâmer, mais les parents mal éduqués

Si les enfants, ça fait forcément du bruit, certains Français estiment qu’il revient aux adultes de les « dresser » pour qu’ils sachent bien se tenir en public. En d’autres mots, ce ne sont pas tant les enfants qu’il faut blâmer, mais leurs parents boomers qui n’ont pas su les élever comme il le faut. Dès lors, les adultes ont eux-mêmes besoin d’être rééduqués.

S’il y a des reproches à faire aux uns et aux autres, la CNCDH, elle, regrette surtout que la présence des enfants dans l’espace public se soit considérablement réduite depuis une quarantaine d’années. Elle constate que les adultes sont de plus en plus intolérants envers les enfants, alors que tout le monde est passé par cet âge. Aujourd’hui, on a tendance à chasser les plus petits des cercles de causerie, à les réprimander en public quand ils souhaitent nous approcher ou encore à les éloigner comme des indésirables.

La multiplication des espaces « No kids » coïncide avec la baisse historique de la natalité

Face à cette tendance, la CNCDH appelle à construire des « villes à hauteur d’enfants », c’est-à-dire des villes qui intègrent pleinement les structures d’enfance, comme les jardins et aires de jeux. Elle exige aussi la fin des espaces No kids lorsqu’ils ne sont pas justifiés par la nécessité de protéger l’enfant. La Commission souhaite en outre rendre l’espace public plus accueillant pour les enfants en réduisant la vitesse de la circulation automobile. Enfin, elle compte travailler à la mise en place de campagnes de sensibilisation du grand public afin d’améliorer la tolérance et la cohabitation intergénérationnelle. Selon la CNCDH, l’enjeu ne se situe pas qu’au niveau du bien-être des enfants. Il s’agit aussi de l’avenir de l’humanité, alors que « l’intolérance croissante » envers les plus petits s’accompagne d’une baisse record de la natalité en France.