Bientôt la fin des smombies en Italie ? Le gouvernement de Giorgia Meloni veut punir d’une amende de 75 euros les piétons qui traversent la rue en fixant leur téléphone portable et en ignorant complètement leur environnement. L’objectif est de responsabiliser ces individus et de réduire les accidents dans lesquels ils sont impliqués. Mais tout le monde n’approuve pas cette décision.
Depuis l’avènement du smartphone, un fléau prend de l’ampleur au fil des ans. Il s’agit des « smombies », ces piétons tellement absorbés par leur écran qu’ils en oublient presque ce qui se passe autour d’eux dans la rue. Ces accrocs au téléphone sont impliqués dans au moins 10% des accidents de la route en Italie. Comme la sensibilisation ne suffit toujours pas, le ministère des Transports italien passe à la répression. Il a récemment soumis aux associations concernées, jusqu’au 13 septembre 2026, un projet de réforme du Code de la route, qui comprend une mesure phare : sanctionner d’une amende de 75 euros les piétons qui traversent la rue tout regardant leur écran.
Il n’y a pas que le téléphone qui est concerné, mais tous les appareils électroniques portables
Si c’est le principal appareil que possède les smombies, le gouvernement italien ne vise pas que les smartphones. Il cible aussi les tablettes, les ordinateurs portables (toujours plus légers et compacts) et même les Gameboy, dès lors que le piéton se trouve sur la chaussée. Cette mesure vaut autant pour un passage piéton que pour une traversée effectuée ailleurs sur la chaussée.
Sur les trottoirs, en revanche, rien ne change : les piétons peuvent toujours utiliser leur téléphone en marchant. Aussi, ils peuvent passer des appels en mains libres et mettre des écouteurs, à condition qu’ils entendent ce qui se passe autour de soi. Par ailleurs, les appels d’urgence restent une exception sur la chaussée.
Les smombies face à d’autres obligations
Outre l’utilisation des appareils portables sur la chaussée, le projet du gouvernement italien vise à renforcer les obligations imposées aux piétons avant une traversée, dans le cadre d’une réforme du Code de la route. Désormais, les smombies devront notamment s’assurer que les automobilistes les ont vus et que ces derniers sont effectivement en train de ralentir.
Le texte leur interdit également les changements de trajectoire brusques ainsi que les mouvements imprévisibles. Ces mesures sont prises pour écarter la responsabilité d’un conducteur dans certaines circonstances, comme quand le comportement du piéton est jugé imprévisible. Notons enfin que la réforme s’intéresse au dépassement par la droite sur autoroute et les excès de vitesse, qui seront davantage sanctionnés.
Un projet pour protéger les smombies eux-mêmes
Rome assure que le projet de révision du Code de la route vise à protéger les piétons eux-mêmes. Leur mortalité a fortement augmenté ces dernières années. Cette réforme s’appuie sur une initiative de la commune de Sassari, en Sardaigne, où une amende de 22 euros a été mise en place dès 2018 pour punir les personnes distraites par leur téléphone au moment de traverser la rue. La ville avait justifié cette décision par le fait que les piétons étaient impliqués dans 21% des plus de 1 000 accidents de la route recensés chaque année dans la région.
Mais pour le Mouvement Droits des piétons, une association qui participe aux discussions, le gouvernement de Giorgia Meloni ne fait pas un bon choix en optant pour la répression. Sa présidente Francesca Chiodi regrette qu’« on oblige en réalité par la loi l’usager le plus faible de la route (le piéton) à se protéger lui-même, ce qui est extrêmement dangereux ».
D’autres pays ont choisi des méthodes de sensibilisation innovantes
Mouvement Droits des piétons et d’autres organisations indiquent qu’il y a des alternatives à la répression. En Allemagne, en Autriche et en Australie, par exemple, certaines villes ont choisi de transmettre aux piétons des informations de sécurité directement dans leur champ de vision quand ils baissent la tête. Des feux de signalisation installés au niveau même du sol leur rappelle les règles de sécurité élémentaires. En Lituanie, la municipalité de Vilnius est allée plus loin. Elle a aménagé un trottoir d’environ 300 mètres destiné spécifiquement aux smombies et séparé de la circulation traditionnelle.
En France, le Code de la route n’a rien prévu contre les smombies
Si ces méthodes « douces » sont multiples, l’Italie n’est pas le premier pays à opter pour des sanctions. Aux États-Unis, Honolulu (Etat d’Hawaï) avait adopté dès 2017 une amende de jusqu’à 99 dollars contre les piétons utilisant leur smartphone pour traverser la rue. À Toronto, au Canada, une proposition visait même à interdire l’usage du téléphone pendant les traversées.
Mais toutes ces mesures ont échoué ou ont buté sur l’opposition farouche d’élus locaux. Qu’en est-il en France ? En Hexagone, il n’existe pas aujourd’hui d’amende spécifique contre les smombies. Mais le Code de la route invite les citoyens à être plus consciencieux, notamment en évitant de s’engager sur la chaussée sans s’être assuré qu’on peut le faire sans danger, ainsi qu’en respectant certaines règles de priorité.