Cela prête à rire, mais ce n’est pas une blague. Une étude internationale montre que les oiseaux urbains ont davantage peur des femmes que des hommes, quelle que soit l’espèce. Ce résultat, obtenu à partir de près de 3000 observations dans cinq pays européens, intrigue les chercheurs. Ceux-ci sont pour le moment incapables d’expliquer les raisons de ce comportement des volatiles.
Tout le monde en a déjà fait l’expérience dans les parcs ou jardins : à l’approche des humains, les oiseaux urbains ont tendance à s’envoler à bonne distance. Ce comportement n’est pas étonnant, vu que les êtres humains sont leurs principaux prédateurs avec les chats. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est que ces petits vertébrés s’enfuient plus vite à l’approche d’une femme que d’un homme. C’est en tout cas l’observation faite par une étude publiée en décembre 2025 dans la revue People and Nature, mais repérée récemment.
37 espèces d’oiseaux urbains ont été testées
Pour arriver à cette étonnante conclusion, les scientifiques (notamment américains et tchèques) ont effectué 2701 observations de 77 espèces d’oiseaux, entre avril et juillet 2023, dans sept villes de cinq pays européens. Ce sont : l’Espagne, l’Allemagne, la République tchèque, la Pologne et la France (à Fréjus, Saint-Raphaël et Draguignan, dans le Var). Ils ont analysé la distance de fuite de chaque espèce rencontré, c’est-à-dire la distance en mètres entre l’observateur et le point où l’oiseau s’envole ou s’éloigne de la personne en approche.
Des binômes d’ornithologues aux aspects similaires ont participé aux expériences
L’étude a concerné des mâles et des femelles de chaque espèce. Parmi les plus observées, figurent le merle argenté, la colonne des marais, la pie grise, le grand parieur et le passereau domestique. Pour chaque expérience, il y avait deux ornithologues qualifiés, un homme et une femme, de taille et de corpulence semblable, habillés des mêmes vêtements, adoptant le même comportement détendu, et se promenant séparément en milieu urbain, généralement dans les parcs et espaces verts. Pour limiter les biais, les chercheurs ont demandé aux femmes aux cheveux longs de les attacher et à celles qui ont leurs menstruations de ne pas y participer. Ils ont également exigé que les binômes alternent l’ordre d’approche à chaque observation.
Les hommes pouvaient s’approcher des oiseaux urbains en moyenne d’environ un mètre de plus que les femmes avant que les volatiles ne s’envolent
En dépit de toutes ces précautions, les oiseaux urbains s’enfuyaient plus vite à l’approche des femmes que des hommes. Les scientifiques ont mesuré que les hommes pouvaient s’approcher en moyenne d’environ un mètre de plus que les femmes avant que les volatiles ne s’envolent. Ce résultat a été observé chez toutes les espèces étudiées, de la pie au pigeon, et dans chacun des cinq pays choisis. Dès lors, on peut légitimement se poser les questions suivantes : pourquoi les oiseaux sont-ils moins craintifs face aux hommes ? Auraient-ils des préférences en matière de genre ?
Les résultats de l’étude pourraient avoir des implications directes pour l’écologie urbaine
« En tant que femme travaillant sur le terrain, j’ai été surprise que les oiseaux réagissent différemment à notre égard », a admis la coautrice de l’étude, Yanina Benedetti, écologue à l’Université tchèque des sciences de la vie. Selon la chercheuse, « ces résultats éclairent la manière dont les animaux perçoivent les humains en ville, avec des implications directes pour l’écologie urbaine ». En effet, « de nombreuses études comportementales supposent qu’un observateur humain est neutre, mais ce n’est pas le cas pour notre recherche. », ajoute-t-elle. Yanina Benedetti note que le sexe du chercheur qui collecte les données pourrait biaiser les résultats sans que personne ne s’en rende compte.
Les oiseaux urbains fuient-ils certaines odeurs ?
Pour expliquer les résultats de cette étude, les auteurs avancent quelques hypothèses. Ils soupçonnent d’abord les odeurs, et plus particulièrement les phéromones, de jouer un rôle, les oiseaux ayant un puissant odorat. Ils pensent aussi à la morphologie, notamment la silhouette ou la démarche, même si ces biais ont été réduits dans le cadre de cette expérimentation.
En outre, les scientifiques suggèrent que des signaux visuels subtils non encore identifiés ont pu avoir une influence. Enfin, ils évoquent un héritage lointain de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs du Néolithique. En effet, si les hommes chassaient les grandes proies à cette époque, les femmes auraient pu se concentrer davantage sur des proies plus petites… comme les oiseaux. La mémoire serait donc à l’œuvre…
Des études complémentaires nécessaires pour confirmer les résultats
Les chercheurs soulignent toutefois dans leur article qu’ils n’ont pas testé certaines variables. Par exemple aucune participante n’a collecté de données pendant ses menstruations, une période durant laquelle certains composés odorants peuvent s’intensifier. Des études complémentaires sont donc nécessaires pour confirmer les résultats et prouver qu’il ne s’agit pas d’un simple hasard statistique. Ces nouvelles expériences pourraient se concentrer sur des facteurs individuels tels que les mouvements, les odeurs ou les silhouettes, en les testant séparément plutôt qu’en les regroupant selon le sexe de l’observateur.