Trois associations féministes ont annoncé mardi contester devant le Conseil d’État la suspension de la fermeture d’un local de gang bangs dans le XVe arrondissement à Paris. Elles dénoncent des pratiques contraires à la dignité humaine et basé sur un système de domination masculine. Mais certains rejettent ces argumentaires. Ils mettent en avant le consentement des femmes au cœur de ces actes sexuels atypiques, qui rappellent les orgies romaines.
Une affaire de gang bangs défraie la chronique dans le XVe à Paris, au point d’arriver devant la justice. Les Effronté-E-S, Osez le Féminisme et la Fondation des Femmes ont annoncé cette semaine dans un communiqué contester devant le Conseil d’État la suspension de l’arrêté préfectoral ayant ordonné la fermeture de la « Factory ». C’est dans ce club privé du XVe arrondissement que se déroulent depuis quelques années des gang bangs au sous-sol d’une copropriété.
Qu’appelle-t-on gang bangs ?
Très utilisés dans le milieu de la pornographie, les gang bangs sont une pratique sexuelle qui met en scène une personne ayant des relations sexuelles avec plusieurs partenaires en leur présence. Contrairement à la partouze, où tout le monde se mélange, une seule personne reste au centre du jeu dans cette configuration. Il s’agit généralement d’une femme seule, entourée de plusieurs hommes que l’on dit en rut. C’est elle qui impose ses souhaits en termes de scénario, de pratiques, de nombre et de profil des participants.
Les soirées gang bang ont lieu pour la plupart dans des clubs échangistes et libertins, ou lors évènements privés. Elles se font à la demande de la femme, qui veut souvent satisfaire un fantasme. Il y a aussi celles qui adorent être le centre de l’attention et ressentir un sentiment de toute puissance sur la gente masculine. Pour d’autres, c’est une manière de montrer leurs « capacités », en « achevant » plusieurs hommes à la fois. Une histoire de record.
Une influenceuse dit avoir couché avec 1000 hommes en une demi-journée
Cette histoire de record est toutefois l’apanage du monde de la pornographie. En 1995 déjà, Annabel Chong, la pionnière de ce sous-genre, avait établi le record du monde dans le film The World’s Biggest Gang Bang en ayant 251 rapports sexuels avec 80 hommes différents. Mais fin 2024, une influenceuse aurait fait mieux. Bonnie Blue dit avoir couché avec 1000 hommes en seulement 12h. Sur le plan légal, la justice n’a rien à dire sur les gang bangs tant que tous les participants sont volontaires et majeurs. C’est justement l’argument brandi par la « Factory » dans le XVe arrondissement de Paris.
Il faut payer 80 euros pour participer aux gang bangs de la « Factory »
Fondée par un homme surnommé « Z », la « Factory » est un club libertin situé sur la rue d’Alleray à Paris (XVe). Elle se trouve précisément dans le sous-sol d’une copropriété qui servait d’espace de stockage auparavant. Z y organise trois à quatre gang bangs par semaine. Les participants paient 80 euros pour une soirée qui dure d’une à deux heures. L’organisateur dit offrir une prestation à la carte, selon le désir de la femme, en fonction de ses demandes, basées sur le nombre, le scénario, le physique et l’âge des participants. Si madame estime que les conditions ne lui conviennent plus, il annule tout à la dernière minute. « Le consentement est total », assure-t-il au Parisien. Sauf que les voisins et riverains – des retraités, des jeunes couples, des familles – n’apprécient pas toujours la venue d’inconnus pour des activités peu recommandables.
Le préfet de police veut se pourvoir devant le Conseil d’État
Après plusieurs signalements, la préfecture de police a fait fermer, fin janvier dernier, La Factory pour « atteinte à la tranquillité et à la morale » et pour « pratiques contraires à la dignité humaine des femmes concernées ». Selon l’autorité, « ces événements favorisaient la commission d’infractions pénales ». Mais le tribunal administratif de Paris a suspendu, le 9 février 2026, la fermeture du club libertin. Face à cette décision, le préfet de police a annoncé au Parisien qu’il a « l’intention de se pourvoir devant le Conseil d’État ».
Les Effronté-E-S, Osez le Féminisme et la Fondation des Femmes l’ont devancé. « Ce local abrite des séances de violences sexuelles lors desquelles des dizaines d’hommes, inconnus, pénètrent tour à tour, contre paiement, une femme jetée en pâture, dans une déshumanisation totale », dénoncent les organisations.
L’affaire Gisèle Pelicot peut remettre en cause le consentement dans les gang bangs
Les associations critiquent en outre des pratiques reposant « sur l’érotisation de la violence sexuelle exercée contre les femmes » et s’inscrivant « dans un système de domination masculine ». Elles évoquent même une « déshumanisation totale » de la femme. Par ailleurs, Les Effronté-E-S, Osez le Féminisme et la Fondation des Femmes rejettent fermement l’argument du consentement, basé sur les « attestations ambiguës » de femmes se déclarant consentantes.
Les ONG brandissent une décision de la Cour européenne des droits de l’homme du 4 septembre 2025 qui suggère que de tels « contrats » peuvent traduire « des situations de contrainte, de soumission sexuelle ou de pressions économiques et sociales ». Enfin, elles invoquent les conventions internationales sur l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations de genre, ainsi que le principe de dignité humaine garanti par le préambule de la Constitution de 1946. Les associations peuvent d’ailleurs douter du consentement à la lumière de l’affaire Mazan, dans laquelle Gisèle Pelicot a été livrée à différents hommes par son mari.