Turquie : une victime des purges, témoigne de son quotidien

Une fois le battage médiatique retombé, et avec du recul, il est souvent intéressant de faire le point sur une situation. Franceinfo a rencontré dans Istanbul une infirmière visée par la purge menée après la tentative de coup d’Etat en Turquie en juillet dernier.
Nous sommes loin des interviews de grands leaders, ou de personnes importantes. Cette fois, il s’agit de s’attarder sur les conséquences au quotidien, quand une personne se retrouve sur les listes des purges, qui ont touché plus de 100 000 fonctionnaires, dans l’éducation ou encore la santé.
C’est le cas de Naciye, elle est infirmière dans un centre de soins d’Istanbul. Le 29 octobre dernier, deux amis l’ont appelé pour lui dire que son nom figurait sur le décret-loi tout juste paru au Journal officiel. Elle se retrouve accusée en même temps que de milliers d’autres de liens avec une organisation terroriste, et ceci, sans plus de précisions.
A partir de là, nous rentrons dans la répression rampante, il ne s’agit pas d’emprisonnement, ni de procès retentissants, mais d’une mise à l’écart sociale immédiate. Le lendemain, son chef de service lui dit, que ce n’est plus la peine de venir au travail. Ce n’est qu’un début d’une série de distanciations avec ses connaissances, car ses collègues ont coupé les ponts par peur de subir le même sort, et certains de ses amis l’ont supprimé comme amie sur Facebook. Cela ne s’arrête pas là, et ses relations se détériorent même avec sa famille. “Je pense que mon père a honte de ma situation. Il habite dans une petite ville où tout le monde se connaît”.
Heureusement, dans ce tableau sombre, certains qui partagent ses opinions politiques, l’ont toutefois soutenue. Son syndicat lui verse même la moitié de son ancien salaire.
Reste le fond du problème, deux mois après cette mise à l’écart de la société, aucun acte d’accusation n’a été fourni. Elle déclare, “je ne sais pas ce qui m’est reproché. Je ne sais pas à quelle organisation terroriste je suis accusée d’appartenir. C’est peut-être pour ce que j’ai écrit sur les réseaux sociaux ? J’ai une fois dit que l’Etat était assassin, par rapport au conflit avec les Kurdes. J’ai aussi participé à des manifestations féministes pour protester contre le lynchage d’une enseignante”.
On est loin d’une activité dissidente rebelle intense. Peut-être que sa condition de femme non mariée, qui travaille gêne le pouvoir particulièrement conservateur en place.
Dans tous les cas, cette répression larvée, ne doit pas être oubliée, surtout lorsque la situation oblige à négocier avec ce que certains appellent pudiquement des “hommes et des pouvoirs forts”.

Crédit photo : Christophe

 

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