Eric Freymond, plasticien du silence

Eric Freymond est un artiste fascinant à bien des égards. Ses seuls outils de travail se résument à un micro, une mixette et un ordinateur. Son matériau : le silence. Ou plutôt les silences. L’homme les compile avec une minutie folle, quand il ne les décoche pas de son répertoire aux variations infinies. Vous vous demandez ce que sont ces salmigondis ? Vous allez vite comprendre.  

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The sound of silence

L’idée lui vient très tôt, à l’âge de 11 ans, alors que sa grande soeur se fait passer un savon à table par leur père pour avoir trainé un peu trop avec ses amis après les cours. Une fois la crise passée, le silence s’installe. Le petit Eric fait alors une expérience troublante. Le calme qui suit est d’une texture étrange. Un vide chargé d’humeurs contradictoires, de ressentis, transpirant l’embarras. Eric Freymond vient de découvrir que l’absence de langage possède son propre langage, que le discours ne s’arrête jamais, mais continue même en souterrain.

Cette illumination en entraîne une autre, connexe : si le silence de cette scène inaugurale possède une teneur singulière, il en va de même de tous les silences. Chacun témoigne d’une situation bien précise. Qu’il implique ou non des êtres humains, chacun possède  sa propre teneur, sa propre étoffe.

Eric Freymond va se mettre à étudier de près ces sujets. A les traquer, les décrire le plus précisément possible, les répertorier, les classer, noircir des carnets aux allures d’étranges bestiaires. Lui vient un moment l’idée de les peindre, mais la tâche s’avère trop délicate, pas assez satisfaisante. Il entreprend donc de les enregistrer, tout simplement : “Mon idée était de rendre hommage de la meilleure façon possible à ces tranches de néant acoustique, j’ai d’abord pensé à les interpréter dans mes peintures, mais il m’est finalement apparu que le mieux était encore de les enregistrer, sans filtre. Je pense que c’est une démarche à la fois plus authentique et plus humble”, témoigne-t-il.

Le silence est d’or

Immortaliser le silence. Pas une mince affaire. Eric Freymond se procure un mircro de bonne facture, un Zoom H4 et se lance, constituant bientôt une galerie de silences comme des écrivains peuvent échafauder une galerie de personnages. “Mon affaire, c’est un peu les Rougon-Macquart sans les larmes et les cris”, s’amuse-t-il. Ironie du sort, Eric est un grand bavard.

Il vadrouille dans les villes la nuit, dans les campagnes, au bord des ruisseaux. Le silence est une notion extensible. Il s’agit avant tout d’évacuer au maximum l’activité humaine de ses enregistrements, mais après tout, si l’on entend le léger vrombissement continu du périphérique au loin, pourquoi pas. Le bruit est relégué au second plan. Le silence, dans ce cas précis, se fait d’autant plus palpable et prégnant qu’il est mis en perspective par une rumeur lointaine.

Mais Eric s’enregistre aussi lui même, posant son micro devant lui dans sa chambre, dans son salon. Il espère, à sa façon, témoigner de son époque, persuadé que les silences ne se valent pas d’un siècle à l’autre. Régulièrement mis en avant dans des galeries belges (Eric est originaire du Plat Pays), son travail gagne à être davantage connu. A faire du bruit.

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