High-tech : quand les lunettes connectées servent à filmer les femmes à leur insu

Sans surprise ! Certains utilisateurs de lunettes connectées filment les femmes et les jeunes filles à leur insu pour ensuite publier les vidéos en ligne dans une logique prank. L’association e-Enfance, qui pilote le 3018, numéro national de lutte contre le harcèlement et les violences numériques, annonce avoir reçu une vingtaine de signalements depuis le début de l’année. La majorité des cas impliquait des lunettes connectées de Meta, le leader du secteur.

Produits de niche il y a quelques années, les lunettes connectées sont aujourd’hui répandues dans le monde entier. Ces montures très high-tech permettent de faire tout ce qui se fait avec un smartphone. Elles servent à passer des appels en mode kit mains libres, à écouter de la musique ou la radio par les branches, à consulter des notifications (SMS, agenda), à projeter du texte ou des cartes dans le champ de vision ou encore à interagir avec un assistant d’intelligence artificielle.

Une vingtaine de signalements de femmes filmées avec des lunettes connectées

Dotées de caméras, les lunettes connectées servent aussi et surtout à prendre des photos et à filmer. Si ces appareils disposent d’un voyant pour signaler qu’on enregistre une vidéo, certains utilisateurs ne l’activent pas et filment les gens à leur insu. Les femmes sont les principales victimes de cette pratique. L’association e-Enfance, qui gère la ligne 3018 (numéro national dédié aux victimes, témoins ou auteurs de harcèlement ou de violences numériques, annonce avoir reçu depuis le début de l’année une vingtaine de signalements de femmes filmées sans leur consentement. La majorité des lunettes connectées concernées étaient de la marque Meta, leader incontesté du secteur.

Des vidéos présentées comme des pranks

Selon l’association e-Enfance, la mécanique est toujours la même. Un créateur de contenus aborde une jeune femme ou jeune fille dans un lieu public, et la filme discrètement à l’aide de ses lunettes connectées. Il s’arrange généralement pour la mettre dans une situation embarrassante et gênante afin de faire de l’audience sur les réseaux sociaux. Les vidéos sont principalement publiées sur TikTok. Sorties de leur contexte, et présentées comme des micros-trottoirs ou des « pranks », ces vidéos suscitent des milliers de réactions, dont des commentaires très méchants. Injures, insultes misogynes, moqueries et menaces tout y passe.

Des propos haineux et des menaces de mort

L’association e-Enfance donne l’exemple d’une jeune fille filmée lors de la Fête de la musique à Paris. Après l’avoir abordée, un homme portant des lunettes connectées Meta l’a filmée à son insu et a posté la vidéo sur TikTok, Instagram et X. La vidéo est devenue virale sur ces plateformes très appréciées des adolescents. La jeune fille a reçu un flot de commentaires haineux et même des menaces de mort. « Plusieurs des comptes concernés sont ceux de créateurs dont l’activité repose précisément sur ce type de contenus. Même lorsque les victimes demandent la suppression des vidéos, les auteurs refusent de les retirer », déplore e-Enfance.

Il faut une meilleure anticipation des usages abusifs dès la conception des lunettes connectées

Pour mettre fin à cette pratique avilissante, qui peut avoir de graves conséquences, e-Enfance invite les plateformes à plus de réactivité pour supprimer ce type de vidéo ainsi que les comptes qui ne font que les publier. L’association appelle également les fabricants à revoir la conception de ces lunettes connectées pour que les personnes autour puissent voir clairement qu’un enregistrement est en cours.

Meta a indiqué avoir récemment renforcé certains dispositifs de sécurité de ses appareils, notamment en désactivant dorénavant la caméra lorsque le voyant lumineux présent sur la face était masqué ou trafiqué. Mais e-Enfance affirme qu’un voyant lumineux n’est pas synonyme de consentement. Elle souhaite donc une meilleure anticipation des usages abusifs dès la conception de ces produits et un renforcement de la responsabilité des plateformes face aux comptes récidivistes.