L’homéopathie, la médecine douce, peut-être trop douce

La question de savoir pourquoi les gens utilisent l’homéopathie alors qu’aucune preuve sérieuse prouve son efficacité, semble une question taboue dans nos contrées. C’est donc une chercheuse basée en Nouvelle-Zélande, qui l’a pose. Manon Knapen, de l’université d’Otago en Nouvelle-Zélande, a fait une intervention remarquée, au cours de l’ESOF 2018 de Toulouse, sur ce sujet en clôture d’une session plénière majeure intitulée “la guerre aux opioïdes et la question de la décriminalisation des drogues“.

Manon Knapen, a été marquée par la mort, en Australie, d’un bébé atteint d’eczéma, à qui ses parents n’avaient administré que des médicaments homéopathiques. La jeune thésarde belge, a voulu donc comprendre un peu plus les motivations de ces personnes qui ne faisaient pas appel à la médecine conventionnelle, même dans les cas les plus extrêmes. Si la question semble évidente, elle a dû constater qu’en fait, il n’existe pas, à sa connaissance, d’étude similaire à sa thèse en France, alors que l’homéopathie est utilisée déjà depuis longtemps.

En fait, on demande souvent aux personnes en cochant des cases, si elles ont recours à l’homéopathie, mais on n’attend pas leurs réponses personnelles, soit pour les féliciter, ou pour les en dissuader. Notre chercheuse, a voulu connaître leur rapport personnel à ce type de médication, or, “le sujet n’est pas tabou en Nouvelle-Zélande”. Elle a donc pu facilement procéder à des interviews approfondies, avec une vingtaine de personnes recrutées à partir d’une étude nationale néo-zélandaise.

Les raisonnements s’articulent le plus souvent autour de trois types de réactions. Le premier consiste à constater une amélioration, mais sans se demander si c’est vraiment le remède qui en est la cause. Manon Knapen, explique “l’effet placebo ou au fait qu’en cas de petit rhume, par exemple, tout se résout de toute façon après quelques jours”. Cependant, c’est plus rassurant quand on se dit que c’est le médicament et donc notre action qui est la raison de notre rétablissement. Le deuxième constat tourne autour de notre connivence avec les autres. “Ce sont les histoires. Si quelqu’un en qui ils ont confiance leur dit, “j’ai utilisé ce produit-là quand j’avais un rhume et ça a marché, je me suis senti mieux, alors ils l’utilisent”. Ce qui produit une fois encore “un effet placebo”. Pour terminer, il y a l’effet tradition, qui revient dans ces temps de modernisme parfois mal digéré. “Ces médicaments ont été utilisés depuis plusieurs centaines d’années, l’homéopathie remonte aux années 1700 en Allemagne. S’ils ne marchaient pas, on aurait arrêté de les prendre” affirment-ils.

Vous rajoutez à cela, une image froide et distante de la médecine moderne et une réelle vision marchande de la médecine chez certains grands groupes pharmaceutiques, et la boucle est bouclée.

Pour Manon Knapen, il faut arrêter de simplement et dédaigneusement dire, “c’est seulement dans votre tête”. Elle suggère un vrai travail de pédagogie afin de bien mettre chacun en face de ses responsabilités. Les gens doivent avoir “la conscience des risques. Qu’ils aient compris les limites de ces médicaments”. Il s’agit de sauver la vie des hommes, femmes ou enfants, quand se déclare une grave maladie. L’effet placebo, souvent mal compris, ne saurait alors suffire.

Crédit photo : Marc ROUX

 

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