Monde de la musique : l’égalité des sexes se fait attendre

L’égalité hommes – femmes dans le monde de la musique, un voeu pieu? Malgré les différents appels du pied des politiques, cette dernière peine à s’imposer. Les acteurs du privé, syndicats et organismes sociaux, ne ménagent pas leurs peines.

Le 10 juillet dernier, à l’auditorium du Conservatoire Darius Milhaud à Aix, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a fait allusion à la parité homme – femme dans le domaine musical lors de la 7ème édition des rencontres Accord majeur. Tout en saluant le militantisme du directeur du Festival d’Aix Bernard Foccroulle, elle a confirmé : « En ce qui concerne la place des femmes, le chemin à parcourir est devant nous ».

Patrick Bézier, le directeur général du groupe Audiens (l’organisme de protection sociale des professionnels de l’audiovisuel, de la communication, de la presse et du spectacle), a lui aussi appelé de ses vœux à une meilleure représentativité : « Ce colloque met en lumière des enjeux sociétaux essentiels du Vivre Ensemble, le monde est pluriel, il ne peut être saisi que dans sa diversité et sa complexité » a tenu à rappeler le DG du poids lourds de la culture.

Malgré ces bonnes volontés, ce sujet d’égalité hommes-femmes n’est que peu souvent abordé et les avancées de ces 10 dernières années ne sont que peu nombreuses.

 

Culture: des rapports toujours aussi accablants

 

Ainsi en février 2018, le Haut Conseil à l’Égalité a remis son rapport sur les inégalités hommes-femmes dans les arts et la culture à la ministre et celui-ci est alarmant, si les femmes sont majoritaires parmi les étudiants en art, elles s’effacent ensuite au fur et à mesure que leur carrière avance. “Elles deviennent moins actives, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées, et enfin moins en situation de responsabilité que leurs homologues”, décrit le rapport.

Parmi les chiffres forts, on retiendra que 97% des groupes programmés par les grands festivals de musique sont composés exclusivement ou majoritairement d’hommes, que 85% des expositions-hommage dans les grands lieux d’exposition sont dédiées à un homme et qu’en 70 ans, le festival de Cannes a décerné 1 palme d’or à une femme.

Dès 2013, la sénatrice du parti communiste français Brigitte Gonthier Maurin dévoilait déjà un rapport « Rendre visible l’invisible » qui montrait que non seulement la condition des femmes dans le monde de la culture ne s‘était pas améliorée depuis la publication du rapport Reine Prat (le premier rapport sur le sujet, en 2003) mais que celles-ci ont toujours du mal à accéder à des postes de direction. La ministre de l’époque, Fleur Pellerin, avait mis en place un observatoire de l’égalité hommes – femmes qui n’a servi qu’à venir confirmer chaque année ce constat d’échec.

 

 

Les partenaires sociaux tentent d’inverser la tendance

C’est seulement en 2017 que les résultats de l’observatoire démontrent une légère inflexion même si le constat reste sévère : beaucoup reste à faire pour promouvoir l’égalité dans les nominations, les rémunérations, l’accès aux professions et à la programmation. La loi relative à l’égalité et à la citoyenneté du 27 janvier 2017 prévoit une proportion d’au moins 40% de chaque sexe dans les commissions placées auprès des établissements publics gérant l’attribution des subventions ou aides financières.

C’est aussi du côté des associations que les choses bougent. L’Afnor a par exemple lancé un label « Egalité » prenant en compte la présence féminine dans les projets culturels publics et en mettant la pression sur les collectivités. Les partenaires sociaux aussi sont proactifs sur le sujet. La Maison professionnelle du spectacle vivant a organisé en juillet 2017 un débat « la discrimination des femmes est-elle une fatalité dans le spectacle vivant ? ». Dans ce cadre, Cécile Denis, directrice de la communication de l’Afdas « Assurance Formation des Activités du Spectacle » et Isabelle Thirion, directrice de l’accompagnement solidaire et social du groupe Audiens, ont échangé sur les différents moyens déployés par leurs organismes dans une logique de sécurisation des parcours professionnels des femmes du monde de la culture.

Audiens, par exemple, « porte une attention particulière aux femmes qui veulent reprendre leur activité professionnelle après leur congé maternité » expliquait Mme Thirion. Le groupe accorde aussi des aides pour soutenir les femmes en situation de familles monoparentales avec, par exemple, des bourses d’études. Enfin, il accompagne également les femmes dans leurs négociations annuelles des salaires afin d’apporter sa pierre à l’édifice de l’égalité hommes – femmes.

 

Pas encore de commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.