Pourra-t-on bientôt faire des bébés dans l’espace ?

Les humains rêvent de conquérir l’espace, en priorité Mars, et d’y vivre en permanence. Mais pour y demeurer, il faut faire des bébés sur place, comme dans tout territoire colonisé. Est-ce possible ? La récente expédition dans l’ISS tentera d’apporter une réponse. La Française Sophie Adenot et ses collègues participeront à plus de 200 expériences scientifiques sur la microgravité, pour étudier notamment ses effets à long terme sur le corps humain. Ils réaliseront des échographies en totale autonomie, grâce à l’intelligence artificielle et à la réalité augmentée.

Samedi 14 février, quatre astronautes – dont deux Américains, un Russe et une Française – ont rejoint la Station spatiale internationale (ISS) depuis le Cap Canaveral, en Floride, pour une mission d’environ huit mois, en remplacement de trois autres astronautes souffrants. Occupée en permanence depuis 25 ans, l’ISS constitue un laboratoire scientifique atypique, où des tests grandeur nature sont effectués. Elle doit être mise à la retraite en 2030 pour laisser la place aux entreprises privées comme SpaceX d’Elon Musk.

Sophie Adenot et ses collègues mèneront plusieurs expériences à bord de l’ISS

Au cours de cette nouvelle mission à bord de l’ISS, les astronautes mèneront plus de 200 expériences scientifiques. Celles-ci porteront sur la microgravité, pour étudier notamment ses effets à long terme sur le corps humain, ainsi que sur l’environnement spatial. La Française Sophie Adenot testera aussi EchoFinder, un système conçu par le Centre national d’études spatiales (Cnes) pour permettre aux astronautes de réaliser des échographies en totale autonomie, grâce à l’intelligence artificielle et à la réalité augmentée. Cela fait partie des nombreuses expériences tentant de rendre possible le développement de la vie humaine dans l’espace.

Elon Musk promet à l’espèce humaine une colonisation de Mars 

De tels projets sont aujourd’hui essentiels alors que les vols spatiaux doivent bientôt débuter (Virgin Galactic, Blue Origin) et que la colonisation de Mars quitte le domaine de la science fiction. Elon Musk et sa société SpaceX, notamment, promettent de rendre possible la vie sur la planète rouge à l’horizon 2055. Mais on ne peut durablement s’établir sur un nouveau territoire sans se reproduire. Pourra-t-on un jour faire des bébés dans l’espace si hostile à notre espèce ? À cette question, un article de National Geographic répond que « personne ne sait vraiment si les Hommes peuvent se reproduire avec succès dans l’espace, que ce soit lors d’un vol spatial ou sur une autre planète. ».

L’espace, un milieu hostile à la vie humaine 

Aujourd’hui encore, l’espace est loin d’être le terrain idéal pour ce genre de projet. S’il est possible de s’accoupler, le manque de gravité a de nombreux effets néfastes sur le corps humain, dont une atrophie musculaire. De plus, les vaisseaux spatiaux sont constamment bombardés de dangereuses radiations pouvant endommager l’ADN, perturber la formation des gamètes et accroître le risque de cancer. Par ailleurs, la microgravité interfère avec la fertilité, la régulation hormonale et le développement embryonnaire. Voilà pourquoi les femmes astronautes subissent des tests de grossesse avant chaque mission dans l’espace. Une gestation dans ce milieu représente un risque majeur de malformation au début de l’embryogenèse.

Les Soviétiques ont mené plusieurs expériences dans l’espace

Si aucune expérience entre deux humains copulant en gravité n’a officiellement été menée jusqu’à présent, des expériences sur d’autres espèces ne prêtent cependant pas à l’optimisme. Les Soviétiques ont mené une expérience dans les années 70 à bord de la station Mir sur des œufs de salamandre fertilisés. Ceux-ci ont produit des embryons qui se sont développés en larves, mais étaient atteintes de malformations. Ils ont également envoyé en orbite plusieurs rats à bord du satellite Kosmos 1129. Ces rongeurs ont pu s’accoupler dans l’espace, mais n’ont généré aucune naissance. La NASA a reproduit une expérience similaire et obtenu les mêmes résultats.

Des experts jugent essentiel de s’y préparer et d’anticiper les risques liés à la fertilité

Bien que la reproduction dans l’espace soit actuellement inenvisageable techniquement, les scientifiques jugent essentiel de s’y préparer et d’anticiper les risques liés à la fertilité, alors que l’intérêt pour les missions lunaires et l’exploration de Mars se renforcent. Dans un nouveau rapport international publié dans la revue à comité de lecture Reproductive Biomedicine Online, un groupe d’experts en médecine de la reproduction, en sciences aérospatiales et en bioéthique reconnaît que « la reproduction dans l’espace reste une perspective lointaine », mais qu’« une planification proactive est nécessaire pour faire face aux risques biologiques, éthiques et sanitaires susceptibles d’apparaître ». Si à ce jour aucun être humain n’a jamais conçu ni donné naissance dans l’espace, et que la grossesse reste une contre-indication absolue pour toute personne voyageant au-delà de la Terre, ils estiment qu’on pourrait miser sur les nouvelles technologies pour détruire ses barrières imposées à l’espace humaine.

On pourra compter sur l’intelligence artificielle pour faire des bébés dans l’espace 

Les scientifiques évoquent en particulier, et sans surprise, l’intelligence artificielle. Selon eux, cette technologie pourrait être utile dans le cas précis de la reproduction humaine dans l’espace. « Le développement des technologies de procréation assistée, grâce à l’IA, à l’automatisation et à des outils non invasifs, sera déterminant pour une utilisation sûre dans l’espace », relève l’embryologiste clinicien Giles Palmer, de l’International IVF Initiative, qui a pris part à la rédaction du rapport international. Selon le chercheur britannique, « la PMA est très facilement transposable, car elle répond à des situations où la reproduction est biologiquement possible mais structurellement contrainte par l’environnement, l’état de santé, le calendrier ou le contexte social, des contraintes qui existent déjà largement sur Terre. ». Il avertit toutefois qu’il va falloir établir dès maintenant des « lignes directrices éthiques claires privilégiant le consentement éclairé, la transparence, l’égalité de genre et la protection des futurs enfants ».