Les injections illégales de botox ou d’acide hyaluronique augmente chaque année en France malgré les alertes répétées. En 2025, l’Ordre des médecins a reçu un record de 213 signalements, contre 128 en 2024. Face à cette hausse constante, les professionnels appellent les autorités à renforcer les sanctions, tout en rappelant les conséquences regrettables et souvent irréversibles de ces pratiques hors du circuit médical.
Grâce aux réseaux sociaux comme Instagram et TikTok, sur lesquels les influenceuses font miroiter la beauté parfaite, les injections de botox ou d’acide hyaluronique ont pris de l’ampleur ces dernières années. Ces pratiques promettent de corriger des « imperfections », notamment de combler les cernes, réaligner un nez, gonfler des lèvres voire redéfinir une mâchoire. Compte tenu de la loi de l’offre et de la demande, les injections illégales ne cessent de se multiplier malgré les alertes répétées de professionnels.
Une hausse de près de 100 injections illégales de botox sur un an
En 2025, l’Ordre des médecins a reçu un record de 213 signalements concernant des actes médicaux et chirurgicaux illégaux à visée esthétique, contre 128 en 2024, 123 en 2023 et 62 en 2022. Sur les signalements de l’année dernière, 20 ont donné lieu à une saisine du procureur pour exercice illégal de la médecine, conformément à l’article 40 de l’Ordre. Depuis début 2026, il y en a eu 3. De son côté, le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE) compte « 33 plaintes en cours ». Son avocate, Me Laëtitia Fayon, dénonce « un phénomène qui ne cesse malheureusement de pulluler ».
Seuls les chirurgiens plasticiens, dermatologues et médecins esthétiques peuvent pratiquer des actes de médecine esthétique
« On n’a qu’un seul visage et on l’a pour la vie. Ne le confiez pas à n’importe qui », a encore alerté le SNCPRE, lors d’une conférence. Selon la loi, seuls les chirurgiens plasticiens, dermatologues et médecins esthétiques peuvent pratiquer des actes de médecine esthétique.
Mais l’élargissement de certaines prérogatives aux esthéticiennes, aux infirmiers et infirmières, a créé une certaine confusion dans l’esprit des clients et facilité la tâche aux personnes peu scrupuleuses. Ces individus ne possèdent aucun diplôme ni aucune connaissance pour ces opérations. Et pourtant ils pratiquent des injections, qu’il s’agisse de produits de comblement, comme l’acide hyaluronique, ou de botox.
Des injections illégales de botox peuvent causer des nécroses et des déformations irréversibles
Me Laëtitia Fayon rappelle qu’« au regard du droit français, toutes ces injections constituent des actes médicaux et leur réalisation est strictement réservée aux médecins titulaires du diplôme de docteur en médecine et inscrits à l’Ordre ». L’avocate en droit pénal ajoute que même « les infirmiers ne peuvent en aucun cas pratiquer des actes de médecine esthétique, y compris sous la supervision d’un médecin ».
Si le praticien n’est pas un spécialiste, le patient encoure plusieurs dangers. Par exemple des nécroses, infections graves, embolies, déformations irréversibles, hospitalisations d’urgence… Ces risques sont liés à l’absence de compétences, notamment à la mauvaise stérilisation, mais aussi au manque de traçabilité des produits (contrefaçons).
Un appel à renforcer les contrôles et les sanctions contre les praticiens illégaux
Face à la banalisation grandissante des injections illégales, les professionnels appellent à intensifier la lutte contre les pratiques non médicales, via un renforcement des contrôles et une meilleure coordination entre la justice et le secteur de la santé. Ils souhaitent aussi des sanctions plus fermes afin d’endiguer la propagation de ces méthodes et de protéger les consommateurs, qui compteraient de plus en plus de mineurs.
Pour sa part, l’Ordre des médecins assure agir de « manière ferme et constante » contre les personnes qui contreviennent à la loi, notamment en réalisant systématiquement des signalements, auprès des agences régionales de santé (ARS) et des procureurs quand les éléments sont suffisamment constitués pour engager des poursuites.