Le Sénat appelle à combattre le « poison » du masculinisme

Le masculinisme avance masqué, mais il est détecté. Mercredi 24 juin, le Sénat a publié un rapport dans lequel il appelle à combattre ce « poison » qui se diffuse de manière insidieuse dans notre société, notamment via les réseaux sociaux. Ce mouvement sexiste et mysorine accuse les femmes d’être à l’origine de la détérioration des conditions de vie des hommes et souhaite leur anéantissement. Les sénateurs font plusieurs propositions pour conter le fléau.

Apparu en ligne ces dernières années en réaction au féminisme, le masculinisme défend la suprématie masculine dans la guerre des sexes. Il accuse les femmes d’être à l’origine de la dégradation des conditions de vie des hommes. Ce discours victimaire permet de désigner un ennemi commun pour se consoler d’une certaine frustration et assurer la cohésion du groupe prétendument dominant.

Le masculinisme a plusieurs courants

Aujourd’hui très divers, les mouvements masculinistes ont longtemps été structurés autour des célibataires involontaires, appelés en anglais les « incels » (mot dérivé de « involuntary celibates »), qui jugent les femmes responsables de leur situation matrimoniale. Ils ont progressivement évolué pour concerner tous ceux qui ont été déçus par une femme à un moment ou un autre de leur vie.

On compte aujourd’hui plusieurs courants, suivants l’angle traité par les influenceurs. On a notamment les « Pick-up artists » et coachs en séduction, les « Alpha males » et survivalistes, les « Mascus » et Involontaires Célèbes (Incels), et les « Tradwife » qui font l’apologie de la femme au foyer.

Un rapport présenté après sept mois de travaux

Face à son expansion parmi les jeunes et les adolescents, le Sénat a lancé l’année dernière des auditions et des enquêtes pour comprendre ce fléau pour pouvoir l’endiguer pendant qu’il est encore temps. Après sept mois de travaux, la délégation aux droits des femmes de la chambre haute du Parlement a publié, le mercredi 24 juin, un rapport dans lequel elle appelle à un réveil des consciences. Les rapporteures Laurence Rossignol (Parti Socialiste), Béatrice Gosselin (Les Républicains) et Olivia Richard (Union centriste) y décrivent un « mouvement social et politique » qui menace l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le masculinisme devenu un mouvement social et politique structuré

« En s’attaquant au principe d’égalité entre les femmes et les hommes, en cherchant à disqualifier sans cesse la parole des femmes, en remettant en cause des droits acquis au prix de décennies de luttes, en affichant une misogynie violente et décomplexée, les mouvements masculinistes représentent un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale », lit-on dans le rapport.

Selon les sénatrices, ces groupes ne sont plus une simple « tendance » passagère alimentée par quelques influenceurs controversés, mais constituent désormais un mouvement social et politique visant à anéantir les droits des femmes et, in fine, à démanteler notre socle démocratique.

Les jeunes en pleine crise d’adolescence, principale cible

Béatrice Gosselin note que les « points d’entrée » du masculinisme s’apparentent à d’inoffensifs contenus d’aide au développement personnel, à la séduction, au sport et à la nutrition, avant d’ouvrir grandes les portes de la haine contre la femme. Elle relève également que le mouvement se présente comme une réponse au mal-être que peuvent ressentir certains hommes. « Des jeunes, parfois en pleine crise d’adolescence, qui se cherchent, se retrouvent embarqués dans des propos qui les amènent de fil en aiguille à développer un ressentiment envers les femmes », ajoute la sénatrice LR auprès de l’AFP.

Les réseaux sociaux mis en cause

Le rapport précise que cet endoctrinement se passe pour une grande part sur les réseaux sociaux. Les rapporteurs considèrent ces plateformes numériques comme la « principale caisse de résonance » des masculinistes. Et pour cause : leurs algorithmes favorisent les contenus clivants qui suscitent de nombreuses réactions. Aussi, leurs mécanismes de recommandation « orientent progressivement les utilisateurs vers des contenus toujours plus radicaux » diffusés à grande échelle, écrivent les sénatrices.

Les sénatrices appuient leurs propos notamment sur l’étude menée par l’université de Dublin en 2024, indiquant qu’un nouvel utilisateur se voit bombarder de contenus masculinistes sur TikTok au bout de seulement vingt-six minutes. Cette rapidité illustre la facilité avec laquelle les publics jeunes et parfois vulnérables peuvent être exposés à de tels discours.

Le masculinisme peut virer au terrorisme

Dans leur rapport, les sénatrices s’inquiètent en outre de la radicalisation du discours masculiniste, qui pourrait conduire au terrorisme dans certains cas. Ces deux fléaux présentent à peu près les mêmes mécanismes et formes de radicalisation. Pour étayer leur propos, les rapporteures rappellent l’affaire Timoty G., un jeune homme de 18 ans mis en examen en 2025 par le Parquet national antiterroriste pour un projet d’attaque visant des femmes. L’individu revendiquait une inspiration issue de l’idéologie « incel ».

Des propositions pour contrer l’essor du masculinisme

Face au poison que représente le masculinisme pour notre société, les parlementaires font plusieurs propositions afin d’éviter le pire. Parmi la vingtaine de recommandations émises par les sénatrices figurent une meilleure prise en compte du « risque terroriste masculiniste » dans les doctrines de sécurité françaises et européennes, des campagnes de sensibilisation sur le fonctionnement des algorithmes et le développement de contre-discours reprenant les codes numériques des jeunes générations

Les sénatrices proposent également des séances d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) tout au long de la scolarité ainsi que la création d’une amende forfaitaire délictuelle pour les outrages sexistes commis sur Internet. Mais ces recommandations suffiront-elles à changer les mentalités et les blessures profondes ? Ne faut-il pas également désamorcer la guerre des sexes en cours avec l’émergence parallèle de groupes féministes ciblant les hommes d’une autre manière ?