Fluctuat nec mergitur

Difficile de bien réaliser ce qu’il s’est passé en cette douce soirée parisienne du lundi 15 avril. Voir la Cathédrale Notre-Dame de Paris prendre feu, c’est aussi surréaliste qu’imaginer la Statue de la Liberté s’écrouler ou les pyramides d’Égypte disparaître. Un événement historique qui paraîtra sûrement dans les livres d’Histoire des écoliers français de demain et une émotion douloureuse face à neuf siècles d’Histoire partis en fumée en moins de trois heures…

Ce 15 avril, vers 18h50, alors que le ciel bleu est teinté d’un rose printanier, les regards de centaines de parisiens et de touristes se tournent vers les clochers de Notre Dame de Paris.

Notre-Dame en feu : témoins directs

Des flammes commencent à lécher l’édifice construit entre 1 163 et 1 345. Médusés et impuissants les passants ne peuvent que regarder le douloureux spectacle qui est entrain de se produire. Impossible de savoir dans un premier temps, d’où part l’incendie ni quelles en sont les causes.

Les caméras commencent à capturer des images qui feront très vite le tour du monde. Religieux, athées ou agnostiques, des centaines de milliers d’internautes repartagent les images attristés par l’événement. Des messages affluent témoignant de la sidération, du bouleversement et de la tristesse que provoque cet incendie sans précédent.

Une heure après le début du sinistre, alors que les flammes courent sur les toits, enlacent la fameuse flèche reconstruite par Viollet-le-Duc en 1792. Dans le feu gigantesque, on l’aperçoit plier, puis s’effondrer dans un fracas. Paris crie et pleure.

Puis Claude Gauvard, historienne spécialiste du Moyen-Âge, explique sur France24 que la flèche sera reconstruite d’après les plans d’époque : « En revanche on n’aura plus « la forêt », cette magnifique charpente de bois qui soutenait la toiture ».

Il faut bien comprendre que la charpente a été construite dès le XIIIème siècle, avec le bois issu des centaines d’arbres qui se trouvaient sur place à l’époque, d’où son surnom : « la forêt ». Une charpente qui a traversé huit siècles, sans jamais vaciller. Difficile d’avaler l’idée qu’en seulement deux heures, ces huit siècles patrimoniaux s’évaporent !

Quelques heures après le début du sinistre, la rumeur circule selon laquelle l’incendie aurait débuté dans les combles et serait probablement lié aux travaux de restauration qui avaient lieu dans l’édifice depuis quelques mois. Notre-Dame relève de plusieurs juridictions : l’Archevêché, la Ville de Paris, les monuments historiques, etc. rendant son entretien particulièrement compliqué. Les travaux de reconstruction sont toujours un danger pour les monuments, surtout quand ceux là sont fait essentiellement de bois et de matériaux fragilisés par le poids des siècles qui passent.

Alors les pompiers de l’AFP sont pragmatiques et tentent de sauver ce qui peut encore l’être. On attend des nouvelles des gargouilles, des reliques, de l’orgue… des vitraux !

Un symbole qui part en fumée

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, confirme l’émotion et rappelle combien « l’édifice est inestimable, c’est une catastrophe patrimoniale, certainement la plus importante depuis la Seconde Guerre Mondiale ».

Stéphane Bern, journaliste et défenseur du Patrimoine français, de son côté, évoque « quelque chose d’insupportable », et déclare « en avoir les larmes aux yeux. (…) Je ne crois pas qu’on prenne encore la mesure de la gravité de ce que ça représente pour la France. C’est un symbole dans le monde entier, avec entre 13 et 14 millions de touristes par an, mais par delà, c’est l’âme même, le cœur de Paris et de la France qui est touchée aujourd’hui ».

Le président de la République française, Emmanuel Macron, a reporté son allocution destinée aux Gilets Jaunes pour s’exprimer et partager sa désolation; quand Theresa May, première ministre britannique, a réagit : « mes pensées vont au peuple de France ce soir ainsi qu’à tous les services d’intervention qui combattent les flammes à Notre-Dame ».

Ce soir du 15 avril encore, tous les regards étaient tournés vers Paris, et du pavé parisien aux cieux enfumés, on entendait murmurer : « Fluctuat nec mergitur », « Il est battu par les flots, mais ne sombre pas ».

Ce jour là, Notre-Dame a pris feu. Un édifice qui a vu neuf siècles de vie s’étendre sur son parvis. Envolés. En deux heures seulement.

Les cloches de Notre-Dame ne sonneront plus avant longtemps. Les gargouilles sont en deuil. Et le pauvre Quasimodo devra, dans ce silence de cathédrale, s’endormir sur des cendres…

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